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Strasbourg: découverte de nouveaux restes humains peut-être liés aux expériences des nazis

L'entrée du seul camp de concentration du territoire français, celui de Struthof-Natzwiller, près de Strasbourg, le 2 mars 2004.

L'entrée du seul camp de concentration du territoire français, celui de Struthof-Natzwiller, près de Strasbourg, le 2 mars 2004. - OLIVIER MORIN / AFP

Ces restes pourraient appartenir à des victimes juives d'expérimentations nazies conduites entre 1941 et 1944 par un anatomiste SS, alors que la fac de Strasbourg était occupée.

C'est une page noire de l'histoire de Strasbourg. Pendant la Seconde guerre mondiale, alors que l'Alsace était annexée à l'Allemagne nazie, un anatomiste SS, August Hirt, a conduit entre 1941 et 1944 des expériences sur au moins 86 victimes juives à Strasbourg. Les expériences ont eu lieu dans l'enceinte de l'université, alors occupée et rebaptisée Reichsuniversität, et dont les étudiants et professeurs s'étaient réfugiés à Clermont-Ferrand.

En 2015, Michel Cymes affirmait dans un livre que des restes humains datant de ces expérimentations se trouvaient encore à la fac de médecine de la ville. Ce qu'une partie de la communauté scientifique qualifiait de "rumeur". Pour vérifier cette information, l'université de Strasbourg a lancé une commission historique, chargée d'enquêter, et présidée par deux chercheurs.

Une vingtaine de boîtes et 160 thèses

Retrouvés par les Alliés après la Libération, les restes de ces victimes ont été inhumés et officiellement, il n'en restait pas d'autres dans l'enceinte de la fac. Mais comme l'a rapporté France Bleu Alsace, une vingtaine de nouvelles boîtes contenant des restes humains et étiquetées du nom d'August Hirt ont été retrouvées au cours des recherches lancées par l'université.

Rien ne dit pour le moment si ces lames d'études renfermant des morceaux de tissus humains sont liées aux expérimentations nazies menées entre 1941 et 1944. Cent soixante thèses de médecine ont également été découvertes, rédigées entre 1943 et 1944, et dont on ignorait jusqu'alors l'existence. 

"Les premiers travaux de la commission historique montrent bien qu'il y a eu une intensification de la recherche entre 1943 et 1944 et que cette recherche était clairement destinée à servir les thèses raciales et les expérimentations médicales du nazisme", explique le vice-président de l'université de Strasbourg, cité par la radio locale.
"Malheureusement nous avons dû héberger dans nos murs une université qui a commis des crimes. C'est cette histoire que nous devons écrire."

Des déportés d'Auschwitz gazés dans le camp du Struthof

En juillet 2015, comme le rapportait France Bleu Alsace, des fragments de peau avaient été retrouvés par hasard par un chercheur dans des bocaux de l'institut médico-légal rattaché à l'université. Ces restes humains appartenaient à l'une des 86 victimes juives gazées en 1943 dans le camp nazi du Struthof, le seul camp de concentration sur le territoire français. Les restes ont été inhumés quelques semaines plus tard dans le cimetière juif du quartier de Cronenbourg.

Au total, les 86 victimes de l'anatomiste recensées étaient des déportés d'Auschwitz gazés au Struthof puis disséqués par August Hirt, à sa demande, dans le but de se créer une "collection de squelettes juifs", précise France Bleu Alsace.

Charlie Vandekerkhove