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Scandale au "36": la police judiciaire parisienne dans la tourmente

L'entrée du mythique 36 quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire parisienne.

L'entrée du mythique 36 quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire parisienne. - Joël Saget - AFP

Le n°1 de la police judiciaire parisienne a été placé en garde à vue mercredi. Un nouveau scandale qui éclabousse une police déjà affaiblie par plusieurs affaires graves ces derniers mois.

Nouveau coup de tonnerre au 36 quai des Orfèvres: mercredi matin, le patron de la police judiciaire parisienne, Bernard Petit, a été placé en garde à vue avec trois autres personnes. Un nouveau scandale qui fait écho à celui qui avait conduit l'ancien patron du "36", Christian Flaesch, à quitter son poste.

En décembre 2013, Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, avait décidé de limoger Christian Flaesch pour "faute de déontologie". L'homme s'était vu reprocher plusieurs coups de fil, dont un à Brice Hortefeux, ancien ministre de l'Intérieur, pour le prévenir qu'il allait être auditionné en tant que témoin dans le cadre d'une procédure judiciaire. Il ne savait pas que l'ex-ministre était sur écoute.

Quatre gardés à vue

Cette fois-ci, l'actuel patron de la PJ parisienne, Bernard Petit, et trois autres hommes, sont soupçonnés d'avoir averti Christian Prouteau, ex-patron du GIPN, qu'il allait être interpellé et placé en garde à vue, en octobre dernier. Une garde à vue dans le cadre d'une enquête visant Christophe Rocancourt, dans un dossier de corruption.

Les trois autres gardés à vue sont Richard Atlan, directeur de cabinet de Bernard Petit, Joaquin Masanet, ancien responsable syndical à la retraite et actuel président de l'Association national d'action sociale des personnels de la police et de Place Beauvau (Anas), et un proche de ce dernier.

La version de l'ex-patron du GIPN

Joint par BFMTV, Christian Prouteau livre une version relativement différente. Il explique "avoir été convoqué le 4 novembre dernier". La veille, il a "cherché à se renseigner sur les raisons de sa convocation auprès d’un ami policier, membre de l’Anas". Ayant eu vent quelques mois plus tôt que son nom figurait dans la procédure Rocancourt, il voulait savoir s'il y avait un lien, explique-t-il. Après s'être renseigné, son "ami policier" (qui n'est pas le patron de la PJ, ndlr) lui a "confirmé ce lien", indique-t-il.

Ce type de fuites est-il courant au sein de la police? Me Jérôme Boursican, avocat de Christophe Rocancourt, semble peu étonné. "On peut se draper dans les grands principes, mais la réalité est que quand des personnes sont d'une même génération, qu'ils ont eu à travailler ensemble, qu'ils font partie du même milieu, que ce soit dans le milieu judiciaire ou dans le milieu des bouchers, dire que personne ne se parle... Je ne suis pas sûr que ce soit vrai."

"Rocancourt salit tous ceux qui l'approchent"

Frédéric Ploquin, journaliste spécialisé dans le grand banditisme, estime lui que "l'histoire se répète cruellement", rappelant l'histoire de Christian Flaesch, l'ancien patron de la PJ. Et d'ajouter que "si l'enquête montre que les faits sont avérés, c'est assez invraisemblable d'être allé se compromettre avec Christian Prouteau, dont la carrière n'est pas qu'exemplaire, et Christophe Rocancourt, "escroc" en chef". Ce dernier salit tous ceux qui l'approchent depuis très longtemps..."

Policier chevronné, Bernard Petit, 59 ans, ancien inspecteur qui a gravi tous les échelons de la hiérarchie policière, avait été nommé par Manuel Valls, à l'époque ministre de l'Intérieur, et était considéré jusqu'à présent comme un policier irréprochable. Un "héros" pour sa gestion des enquêtes liées aux attentats du mois de janvier. Ce nouveau scandale fait suite à deux terribles affaires au "36: un vol de cocaïne et des accusations de viol. "A un an du déménagement du 36 quai des Orfèvres, on a l'impression que toute cette magnifique histoire policière se termine en abominable polar", conclut Frédéric Ploquin.