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Sanâbil, cette association d'aide aux détenus musulmans dans le viseur de Cazeneuve

L'association d'aide aux détenus Sanabîl va être interdite par le ministère de l'Intérieur, pour ses liens présumés avec la mouvance djihadiste française. (Photo d'illustration)

L'association d'aide aux détenus Sanabîl va être interdite par le ministère de l'Intérieur, pour ses liens présumés avec la mouvance djihadiste française. (Photo d'illustration) - AFP

Le ministre de l'Intérieur a lancé une procédure de dissolution contre une association d'aide aux détenus musulmans, jugée trop proche de la nébuleuse islamiste radicale française.

Attentats du 13-Novembre, Hyper Cacher, Musée juif de Bruxelles… Son nom apparaît dans les plus gros dossiers de terrorisme du moment. L'association d'aide aux détenus musulmans Sanâbil fait l'objet d'une procédure de dissolution, a appris BFMTV.com auprès de la place Beauvau.

Ce jeudi, les avoirs de la structure ont été gelés par arrêté du ministère de l'Intérieur. En cause, selon Le Parisien, qui révèle l'information, des liens jugés trop étroits avec l'islamisme radical.

Fondée il y a six ans par un certain Antho Bolamba, cette association loi 1901 est dédiée officiellement à apporter un "soutien moral", "spirituel" et financier aux détenus musulmans et à leurs familles. Echanges par correspondance écrite, mandats cash, colis ou encore hébergement des visiteurs font partie des aides proposées aux détenus.

Un proche de Jean-Michel Clain

Mais ce qui préoccupe les services de l'antiterrorisme, c'est la proximité d'Antho Bolamba, né à Kinshasa, dans l'ex-Zaïre (République démocratique du Congo), avec la nébuleuse jihadiste française.

Plus précisément, son nom a commencé à intéresser les renseignements dès 2005, pour ses liens présumés avec les principaux acteurs de la filière irakienne de Toulouse, dont Jean-Michel Clain, le frère de Fabien, future "voix française" de Daesh. Cet homme, Antho Bolamba l'a rencontré en Egypte, à l’institut coranique salafiste Qortoba, officiellement fermé en 2005 selon Libération.

"Une plaque tournante de l'islam radical en prison"

Antho Bolamba est d'ailleurs arrêté dès le début du démantèlement de cette filière fin 2016, à son domicile à Torcy (Seine-et-Marne). Alors qu'une abondante littérature salafiste est retrouvée chez lui, il est relâché après trois jours de garde à vue, faute de preuves.

Lorsqu'il fonde Sanâbil quelques années plus tard, Antho Bolamba s'entoure d'une petite équipe, à la laquelle les frères Clain participent. Considérée par les services comme une émanation du forum Internet francophone pro-jihad Ansar al-Haqq, l'association "est devenue une plaque tournante de l'islam radical en prison, voire au-delà", affirme une source proche des services de renseignement au Parisien.

Amedy Coulibaly et Medhi Nemmouche

Parmi ceux qui l'ont fréquentée de près ou de loin, figurent notamment Amedy Coulibaly, l'assaillant de l'Hyper Cacher, qui a fait partie des convives d'un pique-nique de l'association. 

C'est également cette dernière que Medhi Nemmouche, alors nouveau venu dans la religion, avait contactée en septembre 2011, pour se renseigner sur des "points de jurisprudence religieuse", selon un communiqué de Sanabîl cité par Marianne (aujourd'hui plus accessible), diffusé au lendemain du passage à l'acte du jihadiste à Bruxelles, en 2014. 

Enfin, le caïd français de Daesh Salim Benghalem, membre de la filière dite du Val-de-Marne, a longtemps figuré dans la liste des généreux donateurs de l'association.

Une "décision injuste", selon Sanâbil

Dès jeudi soir, l'association a confirmé que ses comptes avaient été gelés, "paralysant ainsi l'ensemble de [ses] activités".

"Cette décision est bien évidemment injuste car Sanâbil ne s’est jamais préoccupé des raisons d’incarcération, bien souvent, nous n’en connaissions même pas la cause", a-t-elle affirmé sur Twitter.

Reste que la procédure de dissolution de Sanâbil, contre laquelle un recours peut être fait, devrait prendre du temps. Dans le meilleur des cas, selon les estimations de l'entourage du ministre de l'Intérieur, celle-ci pourrait être prononcée par décret à la mi-novembre, en Conseil des ministres.

Caroline Piquet