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Rouen: ouverture ce lundi du procès de l'incendie du bar "Cuba Libre", qui avait fait 14 morts

Les prévenus, deux frères, le propriétaire et le gérant des lieux, comparaissent pour "violations manifestement délibérées d'une obligation de sécurité ou de prudence".

Trois ans après l'incendie qui avait fait 14 morts dans le bar "Cuba Libre" de Rouen, s'ouvre ce lundi un procès attendu et redouté par les familles des victimes, où devront être jugées la longue série de négligences qui a conduit à la catastrophe.

Sur le banc des accusés, deux frères, les propriétaires de l'établissement, âgés de 48 et 40 ans, comparaissent pour une kyrielle de "violations manifestement délibérées d'une obligation de sécurité ou de prudence". Parmi elles, une porte de secours verrouillée qui a piégé les occupants ainsi que l'isolement du dancing, réalisé avec un matériau extrêmement inflammable.

"Cauchemars"

Pour les familles des victimes, le procès est une nouvelle épreuve.

"On va réentendre ce qui s’est passé, s'imaginer nos enfants, ma fille en bas, prise au piège, ne pouvant sortir de cette cave. C'est des choses auxquelles je pense jour et nuit, ça en devient des cauchemars", explique à notre antenne Johnny Autin, père de Mégane, l'une des victimes.

Cette nuit-là, tous fêtaient les 20 ans d'une jeune femme dans le sous-sol de 24,4 m2 de ce bar aménagé sans autorisation en boîte de nuit, lorsque deux bougies du gâteau d'anniversaire, de type fontaine à étincelles, ont enflammé le plafond de l'escalier étroit, très pentu et bas de plafond. L'incendie du Cuba libre sera le plus meurtrier de France depuis 2005.

"Pour les rescapés, les familles de victimes c’est quelque chose de difficile parce qu’une fois encore il y a ceux qui ont survécu, ceux qui ne sont plus là, on va évoquer des négligences coupables, des manquements délibérés à des obligations de prudence et de sécurité", assure de son côté Arnaud de Saint-Rémy, avocat de plusieurs parties civiles. 

Nombreux manquements 

Au cours des sept jours du procès, devraient défiler à la barre de nombreux experts. "Les experts qui vont venir témoigner, les pompiers, les policiers, tous diront clairement que cette cave c'est un piège qui s'est refermé sur 14 malheureuses victimes", avance Marc François, l'avocat de la famille d'une victime décédée.

La liste des manquements à la sécurité établis par les enquêteurs est longue: les prévenus ont "laissé verrouillée l'unique porte de secours du sous-sol". Les murs et les plafonds étaient recouverts de plaques de mousse en polyuréthane insonorisante mais extrêmement inflammable et fumigène. Leur combustion produit des fumées très toxiques dans des quantités qui ont entraîné des décès très rapides.

Les enquêteurs ont aussi relevé "l'absence de système de désenfumage, l'absence de système d'alarme" et pointé du doigt l'accès à cette salle "par un escalier particulièrement étroit et inadapté à une évacuation rapide et dont le décroché à son issue était lui-même recouvert desdites plaques de mousse".

Le plafond se trouvait parfois seulement à 1,60 mètre du sol dans l'escalier. Les bougies, interdites dans ce type d'établissement, mais fournies par le "Cuba libre", mesuraient 11,5 cm et produisaient des flammes d'une vingtaine de centimètres.

"Pas juste de les sanctionner au delà des manquements"

Pour le représentant de l'un des deux frères, Me Antoine Vey, "on n'est pas face à des faits qui sont de nature intentionnelle", rappelant qu'"ils n'ont pas nié leurs responsabilités" ni "cherché à les fuir".

Selon lui, les deux hommes avaient installé les mousses antibruit après des plaintes du voisinage pour atténuer les nuisances sonores, sans en connaître le caractère inflammable. Ils reconnaissent aussi avoir oublié de déverrouiller la porte de secours le soir du drame.

"Il ne serait pas juste de les sanctionner au delà des manquements" qui ont été les leurs en matière de sécurité, a affirmé l'avocat, tout en espérant "un débat apaisé" lors du procès.

Deux mois après le drame, la ville de Rouen avait décidé la fermeture totale ou partielle d'une dizaine de bars musicaux pour non-respect des normes de sécurité les plus élémentaires.

Les deux prévenus, dont les casiers judiciaires sont vierges, encourent cinq ans d'emprisonnement et 76.500 euros d'amendes.

Hugo Septier avec AFP