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Projet d'attaque contre Macron: qu'est-ce que les Barjols, ce groupe identitaire lié à l'un des suspects?

Page Facebook de Jean-Pierre B.

Page Facebook de Jean-Pierre B. - Capture BFMTV

Ce groupe identitaire qui rassemble près de 2400 membres sur Facebook a été créé par Denis Collinet. Jean-Pierre B., un des membres de l'ultradroite mis en examen dans l'enquête sur les projets d'attaques contre le chef de l'Etat, gérait la page du groupe en Isère et aurait quitté la formation il y a trois mois.

C'est un groupe privé comme il en existe des dizaines sur Facebook. Intitulé "Les Barjols", il a été créé en avril 2017, au moment de la présidentielle, et réunit près de 2400 membres à ce jour. "Ici, l'action est la solution", peut-on lire comme devise, alors que le groupe doit son nom aux légionnaires envoyés au Mali. Sur le réseau social, il se décline aussi sur une page locale pour l'Isère, Les Barjols 38, désormais fermée et administrée par Jean-Pierre B., 62 ans, l'un des quatre membres de l'ultradroite mis en examen samedi dans l'enquête sur le projet d'attaque contre Emmanuel Macron.

Placés en garde à vue mardi, les quatre sympathisants de l'ultradroite (un terme qui désigne pour les autorités l'extrême droite violente et non institutionnelle), âgés de 22 à 62 ans, sont soupçonnés d'"association de malfaiteurs terroriste criminelle". Ils étaient parmi les six personnes ciblées mardi par un coup de filet antiterroriste de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Lors de l'opération, les enquêteurs ont mis la main sur des armes à feu. Deux des suspects ont vu leur garde à vue levée jeudi et vendredi. Tous sont décrits comme des "sympathisants de l'ultradroite", "à tendance survivaliste", et suivis par les services de renseignement, selon une source proche du dossier.

"On n'est pas des terroristes"

Le groupe et sa page principale sur Facebook ont eux été créés par Denis Collinet. Un groupe "patriotique" qui dénonce pêle-mêle "les directives européennes", "l'immigration massive" et "la montée de l'islam", selon ce dernier. Ancien "militant" du Rassemblement national (ex-FN), il parle de Jean-Pierre B. comme d'un "ami" et dit avoir "témoigné" auprès de la police pour réfuter le caractère "violent" du groupe et son appartenance à l'ultradroite.

"On n'est pas des terroristes. Nous sommes un groupe surtout apolitique de personnes, la plupart d'un certain âge qui ont vécu la vie. C'est sûr qu'il y a de la haine, mais pas au point de passer à la violence", assure-t-il.

Jean-Pierre B., son ancien bras droit, aurait quitté le groupe il y a trois mois. Les deux hommes avaient fréquenté un temps un autre groupe, les FFU forces françaises unifiées, fermé il y a un an. "Il sait bien qu'il est impossible d'approcher Macron", ajoute-t-il, évoquant le déplacement en Moselle, au même moment que le chef de l'Etat, qui lui a valu d'être finalement interpellé. "Je suis pratiquement sûr qu'il est tombé dans un piège pour détruire le mouvement des patriotes", affirme-t-il.

Donald Trump, l'Action française et Marine Le Pen

Sur Facebook, il annonce le 8 novembre un appel aux dons pour les "besoins futurs" de la défense de son "ami" retraité. Les deux hommes devaient se rejoindre le 17 novembre, jour de l'appel au blocage des routes contre la hausse des carburants, que Denis Collinet relaye abondamment.

Sur les pages Facebook du groupe, et sur celles au nom de Denis Collinet et Jean-Pierre B., de très nombreuses publications islamophobes, des articles issus de sites de la fachosphère ou de médias généralistes, des pétitions diverses, des appels à la mobilisation, et des soutiens affichés à certaines personnalités et organisations politiques: Marion Maréchal, Nicolas Dupont-Aignan et l'Action française pour Jean-Pierre B., Marine Le Pen, Donald Trump, le Bastion social et la Ligue du midi notamment pour Denis Collinet. Quant aux appels à la mobilisation, ils illustrent le ton "survivaliste" décrit par les enquêteurs.

"Français, Françaises, chers compatriotes, l'heure n'est pas à la révolution, mais à essayer de nous défendre, apprendre la survie et de plus, à nous organiser, suivant ce qui va se passer en France dans les mois ou semaines à venir. Sachez que différentes opérations sont programmées dans plusieurs régions, dans nos belles campagnes et que notre cher président a bien tout organisé quant à la rentrée massive d’immigrés en France. Il faut savoir que 80% des jeunes migrants ont été préparés au combat dans leur pays", affirme Jean-Pierre B. en avril 2018.

Formation au combat urbain

"Nous sommes 67,2 millions d'habitants (...) hoooooo !!!! Réveillez-vous (...) je vous laisse méditer car nous réfléchissons à une opération coup de poing", écrit-il encore à la même période. Au mois de juin, des photos de plusieurs personnes en treillis et armées sont publiées sur la page de Denis Collinet, avec la mention d'une "formation au combat urbain".

Lors de son arrestation, Jean-Pierre B., ancien négociant en bois, marié et père de deux enfants, avait un poignard sur lui. D'après le journal Le Monde, qui s'est rendu à une réunion des "Barjols" en Moselle, le groupe ne compte que très peu de membres sur le terrain. C'est ce constat qui aurait poussé Jean-Pierre B. à partir. 

Charlie Vandekerkhove avec AFP