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"J'ai fait des erreurs, mais je ne suis pas un assassin": les derniers mots d'Abdeslam au procès du 13-Novembre

Salah Abdeslam lors de la dernière journée d'audience du procès des attentats du 13-Novembre le 27 juin 2022;

Salah Abdeslam lors de la dernière journée d'audience du procès des attentats du 13-Novembre le 27 juin 2022; - Benoit Peyrucq

Les 14 accusés ont eu la parole une dernière fois avant que la cour ne se retire pour délibérer. Tous ont eu un mot pour les victimes à l'instar de Salah Abdeslam qui a expliqué son "évolution" au cours de ces 10 derniers mois.

Ce lundi matin, on était loin du Salah Abdeslam agressif, retranché derrière sa position de "combattant de l'État islamique". Ce lundi matin, il n'a pas été question de profession de foi islamique, comme ce fut le cas le 8 septembre dernier à l'ouverture du procès des attentats du 13-Novembre. En ce dernier jour de débat avant que la cour ne se retire pour délibérer, l'accusé contre lequel la plus lourde peine a été requise, a tenu à se justifier, à "s'expliquer".

"Il n'a échappé à personne l'évolution qui a été la mienne lors de ce procès", reconnaît un Salah Abdeslam, calme, cherchant ses mots, prenant le temps de développer. "Je voulais vous expliquer quelques épisodes de mon incarcération, pas dans le but de me plaindre, loin loin loin de là. Il est ridicule de comparer ma douleur à la vôtre, mais je voudrais expliquer mon évolution."

"Retrouver ce semblant de vie sociale"

Salah Abdeslam, sweat matelassé gris, revient alors sur deux épisodes intervenus depuis son incarcération en mars 2016. Ce jour en Belgique, où il a été "malmené", "tiré par les cheveux", où un gardien "de plus de 80 kilos a mis ses deux pieds sur sa [ma] tête et a commencé à sauter".

"Ce qui m'a le plus choqué, c'était le plaisir à me faire du mal", dit-il.

Ou cette fois où, souffrant de l'appendicite, il dit avoir été "traîné comme un chien à l'hôpital". Face à la "bienveillance des infirmières", il n'arrivait "pas à parler".

Alors quand il s'est retrouvé dans le box des accusés le 8 septembre dernier, "ça faisait longtemps" qu'il n'avait pas été confronté à autant de regards. "C'était le choc social, je n'avais pas vu autant de monde depuis longtemps. J’étais sur les dents, surtout quand j’ai entendu 'Bonjour monsieur Abdeslam, vous êtes présumé innocent'", lance-t-il, pour expliquer les premiers mots qu'il a prononcés assurant avoir "abandonné toute profession pour devenir un combattant de l'État islamique".

"J'ai été un peu dur dans mes paroles et je le regrette, note l'accusé. Je vous dit aujourd'hui ce que je n'ai pas dit hier, je me suis apaisé. Pas parce que j'ai entendu votre souffrance mais parce que j'ai retrouvé ce semblant de vie sociale."

"L'épée du parquet au-dessus du cou"

Comme le 15 avril dernier, Salah Abdeslam a présenté ses "excuses" aux victimes et familles de victimes: "Certains diront qu'elles sont insincères, que c'est une stratégie, comme si vous aviez besoin d'une tierce personne pour juger. Plus de 130 morts, plus de 400 vicitmes, qui peut présenter des excuses insincères à l'égard de tant de souffrance?", interroge-t-il, d'un ton calme, jusqu'alors inconnu depuis le début de ce procès.

Alors que les accusés avaient une dernière fois la parole dans ce procès historique long de près de 10 mois de débats, l'accusé le plus médiatique répond également à une autre critique. "C'est avec l'épée du parquet au-dessus du cou que je m'adresse à vous", revient Salah Abdeslam, évoquant les réquisitions du parquet national antiterroriste qui a requis au début du mois la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, qualifiée de "peine de mort sociale" par ses avocats. Empruntant la voie d'un début de remords, il a reconnu avoir fait "des erreurs", lui qui encourt la prison à vie.

"La France perd ses valeurs petit-à-petit, les valeurs de la France sont en train de s’effriter et le parquet l’a prouvé dans ses réquitions. Je suis entré en prison à 26 ans, je ne suis pas parfait, j'ai fait des erreurs, c'est vrai, mais je ne suis pas un assassin je ne suis pas un tueur. Si vous me condamnez pour assassinat vous commettrez une injustice."

Le verdict de ce procès fleuve est attendu ce mercredi en fin de journée.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV