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Pourquoi la traque dans les Cévennes est "d'une intensité absolue" pour les gendarmes sur zone

Les gendarmes traquent Valentin Marcone, soupçonné d'un double meurtre, dans la forêt cévenole depuis quatre jours déjà. Sur notre plateau ce vendredi, l'ancien chef des négociateurs du RAID a mis en évidence les difficultés de l'opération.

Ça fait quatre jours que Valentin Marcone, 29 ans, est soupçonné d'avoir abattu son patron et l'un de ses collègues, mardi, dans la scierie des Plantiers, dans le Gard, qui l'employait. Et ça fait donc quatre jours que l'homme qui a fui dans la forêt cévenole tient en échec les forces dépêchées sur place pour l'interpeller. Les difficultés de cette traque reposent sur divers facteurs, certains naturels et d'autres psychologiques.

Densité de la forêt, ruisseaux comme autant d'obstacles

La configuration des lieux où s'est réfugié le fugitif, d'abord, représente en soi une gageure pour les 350 gendarmes chargés de lui mettre la main au collet. Le périmètre d'investigation délimité est vaste: circonscrit à un quadrilatère de 8 par 7 km, il couvre donc une superficie de 56 km². Les recherches ont donc d'ores et déjà permis de le revoir à la baisse car il était auparavant évalué à 225 km².

Cette forêt de Vallée-Borgne s'étend de surcroît sur plusieurs vallons, striés de cours d'eau. Et ces ruisseaux compliquent encore l'enquête. Car les facultés des chiens des brigades cynophiles mises à la disposition des militaires en sont amoindries.

Les gendarmes peuvent en revanche compter sur les rotations de huit hélicoptères, ainsi que de drones armés de caméras thermiques - celles-ci repérant mouvements et signaux corporels. Autant d'outils aux mains des enquêteurs qui ne peuvent fonctionner de manière optimale, du fait de la nature des lieux: "La forêt est tellement dense qu'on a dû mal à capter, même les animaux", a ainsi illustré le général Ghislain Réty, qui pilote le GIGN, auprès du Parisien.

Impossible de poursuivre la traque de nuit

Et examiner pied à pied chaque pouce du terrain est un travail de fourmi tant la zone, outre sa surface, est truffée de grottes et de cavités naturelles, dont toutes ne sont pas cartographiées. Or, contrairement à la plupart des agents lancés à ses trousses, Valentin Marcone la connaît comme sa poche: il venait régulièrement y chasser, ou s'y entraîner au tir sportif. Il a de plus emporté quelques vivres avec lui afin de nourrir sa cavale, selon les premiers éléments de l'enquête.

Pourtant, même caché, le meurtrier présumé doit avoir besoin de se déplacer et les gendarmes sont équipés pour le filer, bénéficiant même de lunettes à visée nocturne et d'infrarouge. Malheureusement, très escarpés, ces bois sont dangereux et de fait quasi-impraticables dans l'obscurité.

Les effectifs de recherche doivent de plus rester prudents, et composer avec la dangerosité d'un fuyard dont les autorités - d'après les mots du procureur de la République de Nîmes jeudi - pensent qu'il porte une arme de poing et un fusil de précision sur lui. Rappelant tous ces éléments sur notre plateau ce vendredi, l'ancien chef des négociateurs du RAID, Christophe Caupenne, a reconnu: "Cette chasse à l’homme est d’une intensité absolue pour les gendarmes."

Le risque d'une prise d'otage

Si les gendarmes se concentrent sur ce fameux "quadrilatère" de forêt, de branches, et de grottes, il n'est cependant pas exclu que Valentin Marcone ait déjà pris plus de champ. Le procureur de la République a d'ailleurs autorisé les fouilles dans les maisons isolées de la zone, émettant parallèlement un mandat d'arrêt national.

"Il y a une très grande difficulté également, c’est qu’il va falloir surveiller toutes les maisons isolées. Le procureur de la République vient d’autoriser les perquisitions aux gendarmes, dans un cadre extrêmement limité dans le temps", a souligné Christophe Caupenne qui a pointé une possibilité supplémentaire: "Mais il y a aussi tous les véhicules qui circulent: il y a la possibilité qu’il prenne quelqu’un en otage justement parce qu’il est acculé."

Pour autant le spécialiste se veut optimiste: "Dans une traque longue, le temps joue toujours pour le chasseur. Les forces et la détermination du traqué vont diminuer, il risque donc de commettre des impairs qui permettront de le localiser." Cet optimisme a toutefois un prix. "Mais ça nécessite beaucoup de moyens, des remplacements de personnels", a-t-il poursuivi.

Obsession

Christophe Caupenne a donné son éclairage sur le comportement du suspect et les ressorts psychologiques à prendre en compte: "C’est un criminel organisé. Ça veut dire qu’il est déterminé – on l’a vu d’ailleurs dans son mode de passage à l’acte, il tire dans la tête – il est instinctif, il va à la chasse, c’est un traqueur. Il est en train de faire sa guerre, et ça donne du sens à la persécution qu’il croit subir."

Jeune père de famille, Valentin Marcone semble avoir mené une vie sociale très restreinte. Il a dernièrement multiplié les dépôts de plainte, les conflits professionnels, se répandant à l'envi en récriminations sur les réseaux sociaux. Des traits dont Christophe Caupenne tire un enseignement:

"C’est quelqu’un d’obsessionnel à ce niveau-là. S’il est pris vivant et que les psychiatres peuvent l’examiner, je pense qu’ils aboutiront à un diagnostic de quérulence, c’est-à-dire des individus attaquant tout le monde autour d’eux avec des plaintes, en conflit avec toutes personnes." "Un état avec un fond paranoïaque qui va s’aggraver très certainement avec la perte d’énergie, de tonus, la dimension de traque à son encontre", a-t-il encore noté.

L'ancien chef des négociateurs du RAID a indiqué la feuille de route des enquêteurs dans ce genre de cas. "La police judiciaire va chercher le maximum d’indices qui à la fois confirment le profil de l’individu, notamment sa dimension paranoïaque – on note le changement de sa photo de profil Facebook à un moment donné de sa vie, très proche de la naissance de sa fille – et vont permettre de mieux comprendre comment il fonctionne. Après, tous ces éléments éclairant ce qu’il s’est passé avant permettront peut-être d’avoir des pistes sur ce qu’il se passera maintenant", a espéré Christophe Caupenne.

Robin Verner avec Amélie Rosique et le service police-justice de BFMTV