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Pourquoi l'anesthésiste soupçonné d'empoisonnements a-t-il été remis en liberté?

Les avocats du Docteur Frédéric Péchier, Jean-Yves Le Borgne et Randall Schwerdorffer, le 16 mai 2016 au tribunal de Besançon

Les avocats du Docteur Frédéric Péchier, Jean-Yves Le Borgne et Randall Schwerdorffer, le 16 mai 2016 au tribunal de Besançon - Sébastien Bozon - AFP

Avocats de la défense comme des parties civiles ne sont pas surpris par la décision de remise en liberté du juge, accompagnée d'un contrôle judiciaire.

Il est de nouveau libre. Le docteur Frédéric Péchier a été laissé libre sous contrôle judiciaire, contrairement à la demande du procureur de la République, ont indiqué vendredi ses avocats. Cet anesthésiste de Besançon a pourtant été mis en examen jeudi pour dix-sept nouveaux cas d'empoisonnements présumés de patients, alors qu'il est déjà accusé de sept crimes similaires depuis 2017.

"Je ne peux pas dire que je suis surpris, mais je suis ravi de cette décision", a déclaré un de ses avocats, Maître Randall Schwerdorffer, vendredi matin sur BFMTV.

Respect de son contrôle judiciaire depuis déjà deux ans

Frédéric Péchier est déjà sous contrôle judiciaire depuis deux ans, à la suite de la première affaire dans laquelle il a été mis en examen en 2017, concernant sept cas d'empoisonnements. "Ce qui a prévalu c'est les respect du contrôle judiciaire de Monsieur Péchier, depuis plus de deux années", explique Maître Randall Schwerdorffer.

"A partir du moment où vous avez un homme qui depuis deux ans a respecté scrupuleusement les obligations qui étaient les siennes [son contrôle judiciaire ndlr], ça ne me parait pas illogique que le juge des libertés ait pris la même décision", explique de son côté Frédéric Berna, un avocat des parties civiles, sur BFMTV.

Pas de risque de fuite, de réitération, de collusion

"La décision du juge des libertés et de la détention ne prend pas en considération la potentielle gravité des faits", rappelle Frédéric Berna.

L'anesthésiste, qui nie en bloc les accusations, a été mis en examen pour 17 cas d'empoisonnement supplémentaires jeudi, mais selon Maître Randall Schwerdorffer, "le fait qu'on rajoute des faits supplémentaires n'est pas en soi un argument pour valider les réquisitions du procureur de la République qui demandait à ce moment là, en raison de ces faits supplémentaires, un placement en détention".

Maître Berna souligne que la décision de laisser libre sous contrôle judiciaire, ou d'incarcérer une personne repose "sur le risque de réitération des faits, le risque de fuite, et le risque de collusion avec l'enquête". Or depuis deux ans, le Docteur Péchier ne s'est pas enfui, est resté éloigné des blocs opératoires et a respecté les conditions de son contrôle judiciaire.

"Qu'il s'éloigne de Besançon"

Le contrôle judiciaire est décidé par le juge des libertés et de la détention. Il s'agit d'une mesure "qui soumet la personne mise en cause dans une affaire pénale à une ou plusieurs obligations, dans l'attente de son procès", explique le site Service Public.

Les conditions de la remise en liberté du Docteur Péchier "sont les mêmes que les conditions dont il a bénéficié depuis mars 2017", explique Maître Schwerdorffer, "avec une exigence: c'est qu'il s'éloigne de Besançon et qu'il aille vivre dans l'ouest de la France."

"Ca pour les parties civiles, c'est important", a déclaré Stéphane Guranna, avocat de plusieurs victimes présumées, sur BFMTV. Pour ces dernières, "c'est important de ne plus avoir à le croiser régulièrement." L'avocat rappelle également que le parquet pourrait interjeter appel de cette décision de contrôle judiciaire, car il avait réclamé la détention.

Salomé Vincendon