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Pourquoi l'alerte enlèvement pour retrouver le petit Vicente a été levée

L'alerte enlèvement est largement diffusée pour recueillir le maximum d'informations en un minimum de temps.

L'alerte enlèvement est largement diffusée pour recueillir le maximum d'informations en un minimum de temps. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

L'alerte enlèvement est un outil qui a fait ses preuves à maintes reprises, mais n'est pas non plus une arme imparable pour retrouver les ravisseurs d'enfants. Dans une écrasante majorité de cas, un heureux dénouement intervient dans les quelques heures qui suivent le déclenchement du dispositif. Mais pas toujours.

Le petit Vicente et son père Jason Lopez, son ravisseur, n'ont toujours pas été retrouvés ce jeudi soir. Pourtant, l'alerte enlèvement a été levée par le parquet. Inspiré de l'alerte "AMBER" en vigueur aux Etats-Unis et au Canada et importé en 2006 en France, ce dispositif est généralement très efficace. Déclenché 19 fois depuis sa création, l'alerte enlèvement a permis dans presque tous les cas de retrouver les enfants enlevés dans les quelques heures, voire les quelques minutes qui avaient suivi sa mise en œuvre. Il est très rare que cette mobilisation de grande ampleur des services de la police, mais aussi des médias et désormais des réseaux sociaux soit levée avant que le ravisseur n'ait été interpellé.

Le ministère de la Justice contacté par BFMTV.com rappelle toutefois qu'en 2009, un enfant n'avait été retrouvé que trois semaines après son enlèvement, soit bien après que l'alerte avait été levée. Il s'agit de la petite Elise, une fillette franco-russe âgée à l'époque de trois ans et demi. Sa mère avait été interpellée en Hongrie, alors qu'elle tentait de passer la frontière ukrainienne.

Une alerte "exceptionnelle" levée "en opportunité"

Si le cas d'Elise constitue un précédent, il n'explique pas que cette alerte ait été également levée avant que le petit Vicente ne soit récupéré. Les cas sont totalement différents. "Les enquêteurs jugent de la proportionnalité des moyens engagés. L'alerte enlèvement se justifie par le besoin impérieux de recueillir le maximum d'informations en un minimum de temps", résume David Alberto, conseiller technique en charge de la police judiciaire pour le syndicat de police Synergie, contacté par BFMTV.com. La décision du parquet de lever cette alerte s'explique selon l'expert par le fait que "toutes les informations utiles ont été recueillies et que l'on passe dans une seconde phase de recherche active, dans un cadre de prospection plus classique que le parquet juge plus adapté à la situation".

"C'est une question d'opportunité. Plus que l'idée que l'alerte enlèvement n'ait pas porté ses fruits, cette levée démontre une adaptation au réel des services qui ne s'enferment pas dans des schémas préétablis", ajoute David Alberto.

Le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Eric Maillaud, a confirmé à BFMTV qu'il ne faudrait pas "dénaturer" l'alerte enlèvement par un usage abusif.

"Il ne faudrait sans doute pas que cet acte d'enquête particulière soit utilisé 50-100 fois par an. Il serait sans doute un peu dénaturé", explique le procureur.

"On cherche ce qui manque" en fonction du cas

Ce qu'Eric Maillaud, a décrit comme un "acte d'enquête exceptionnel", aura permis de consigner "de très nombreuses informations" au travers notamment de quelque 800 témoignages.

Mais que cherche-t-on au juste dans ces cas-là? "On cherche ce qu'il manque", explique David Alberto.

"Tout dépend de ce dont on dispose au départ. Ici, on a l'identité du ravisseur (le père de Vicente, NDLR), son profil psychologique (un homme dangereux, violent) et son moyen de fuite (une voiture noire). On va se focaliser sur les gens qui pourraient l'avoir vu." 

Ce cas, explique le spécialiste, est très différent de celui "du nourrisson enlevé à l'hôpital par un ravisseur qu'a priori personne n'a vu". "Il faudra alors vérifier toutes les allées et venues". Faute de mieux.

La personnalité du ravisseur a pesé dans la décision

La personnalité et le mode de vie de Jason Lopez ont dû jouer à la fois sur le déclenchement de l'alerte enlèvement. Le procureur a confirmé que le maintien de l'alerte pourrait se révéler au final contre-productif.

"Compte tenu de la personnalité du mis en cause et sans stigmatisation aucune, mais s'agissant d'une personne de la communauté des gens du voyage, ce sont des gens qui ont une famille très nombreuse et qui ont donc une capacité à circuler de camp en camp, et avec une coopération de moindre qualité avec les forces de l'ordre. Cela rend peut-être plus facile sa dissimulation", a expliqué sur notre antenne Eric Maillaud.

"L'individu est rompu à l'exercice de la cavale", rappelle David Alberto. Mobiliser des policiers dans le cadre très lourd d'une alerte enlèvement n'est à ce stade plus utile.