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Policiers et syndicats, histoire d'une rupture

Le rassemblement non-syndiqué de policiers a réuni plus de 700 personnes devant l'Assemblée nationale à Paris.

Le rassemblement non-syndiqué de policiers a réuni plus de 700 personnes devant l'Assemblée nationale à Paris. - BFMTV

Depuis le début de leur mobilisation, les policiers tentent de s'écarter de la parole syndicale pour défendre directement leurs intérêts. Pour preuve, des manifestations du mois d'octobre sont organisées en marge des rassemblements "officiels".

Une seule police, des revendications identiques mais deux manifestations distinctes à quelques kilomètres de distance. Ce mercredi, les policiers ont exprimé, une nouvelle fois, leur colère et dénoncer, entre autre, le manque de moyens alloués à leur profession. A l'image des rassemblements spontanés débutés le 17 octobre après l'attaque violente de quatre policiers à Viry-Châtillon, les manifestations dites des policiers non-syndiqués ont attiré plus de participants que celles à l'initiative ce jour du syndicat Unité SGP Police FO.

"Les syndicats ne nous représentent plus", tranche Frédéric, un policier de l'Essonne croisé sur le pont de la Concorde à Paris. Après plus d'une semaine de mobilisation, François Hollande a décidé de prendre en charge le dossier et recevra dans la soirée les représentants syndicaux à l'Elysée. Une entrevue qui ne devrait aboutir sur aucune amélioration. "Nous on demande à entendu, à être reçus par le ministre de l'Intérieur, poursuit le policier. Tant qu'on aura pas ce rendez-vous, on ne cessera pas le mouvement." 

Un mal profond

A Marseille, 300 à 400 policiers sont partis du Vieux-Port pour rejoindre la mairie alors que les participants à la contre-manifestation ont été salués par leur patron, le préfet de police des Bouches-du-Rhône, Laurent Nunez. A Paris, si Unité SGP Police FO revendique la présence de 1.000 fonctionnaires à leur "marche de la colère" entre la Place de la République et l'hôpital Saint-Louis où est soigné l'un de leur collègue, ils étaient plus de 700 "sans étiquette" devant l'Assemblée nationale à recevoir la visite de députés.

Le mal entre syndicats et policiers semble profond pour une profession pourtant syndiquée à près de 80%. "On avait déjà eu un petit signe en ce sens en 2014 lors des élections syndicales où on avait eu un taux de participation de 68%, lors des scrutins précédents il était de 80%, analyse Jean-Louis Loubet Del Bayle, sociologue et auteur de Sociologie de la police*. C'était un signe avant-coureur de cette désaffection." Car si les syndicats aujourd'hui mettent en avant des revendications identiques, leur base leur reproche leur double-jeu.

Affairisme et arrangements

"On a des protestataires qui veulent être indépendants, qui veulent parler hors les syndicats, détaille Dominique Rizet, consultant police-justice de BFMTV. Ils sont, pour une grande partie d’entre eux, des fonctionnaires de police qui ont déjà été syndiqués, qui ne croient plus dans l’action de leur syndicat, qui dénoncent l’affairisme et les petits arrangements des syndicats." En cause notamment la participation de ces organisations aux commissions paritaires avec l'administration, au desquelles sont gérées les avancements de carrière, les affectations ou encore les sanctions disciplinaires. 

"Les syndicats se représentent eux-mêmes, s'emporte un policier marseillais. Ils représentent leur carrière, ils finissent tous à des échelons exceptionnels. Ils finissent même médaillés de la Légion d’honneur. Ce sont des vendus. Ils se font acheter par quelques places de mutation et d’avancement à chaque commission."

La sanction de la proximité du pouvoir

Jusqu'alors les syndicats étaient sanctionnés dans les urnes lors des élections syndicales. En 2014, Unité SGP Police FO perdait huit points par rapport à 2010 et se classait deuxième au profit d'Alliance qui devenait le premier syndicat des gradés et gardiens de la paix. "Lorsqu'un syndicat est trop longtemps proche de l'administration, il est sanctionné, note Jean-Louis Loubet Del Bayle. Après l'élection de François Hollande, Unité SGP Police FO a subi une proximité réelle ou supposée avec la gauche."

Si pour les spécialistes, l'expression de cette colère hors syndicats est une première de manière aussi officielle, la situation pourrait se faire au détriment de ces policiers. Déjà avec la récupération du mouvement par un porte-parole non choisi par la base voir avec l'accouchement d'une nouvelle organisation syndicale. "L'histoire du syndicalisme policier est chaotique, les syndicats se créent, se divisent, se rapprochent. Ca a toujours évolué de cette manière", conclut le sociologue.

* Sociologie de la police, Jean-Louis Loubet Del Bayle. L'Harmattan

Justine Chevalier