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Colère des policiers : du jamais vu dans l'histoire de la police ? 

Les policiers multiplient les manifestations dans les villes

Les policiers multiplient les manifestations dans les villes - Thomas Samson - AFP

Depuis le 17 octobre dernier, dans toute la France, les policiers manifestent leur colère dans la rue. Si leurs revendications autour des conditions de travail n'ont rien d'inédites, la scission avec leurs syndicats mais surtout leur hiérarchie étonne.

"Les policiers manifestants sont très lucides et très soucieux de résoudre cette situation." De l'avis des spécialistes, la réponse au mouvement des policiers passera par une main tendue de leur hiérarchie. Depuis le 17 octobre dernier, les policiers se rassemblent et manifestent leur colère dans les rues de toute la France. Un mouvement d'ampleur inédit pour dénoncer un manque de moyens mais aussi singulariser cette scission avec leurs chefs.

"Je n'ai jamais vu ça, un directeur général de la police national se faire huer, se faire insulter par ses hommes, la voiture bousculée, c'est du jamais vu", s'étonne Dominique Rizet, spécialiste police-justice à BFMTV. Au soir du 18 octobre, Jean-Marc Falcone est chahuté à la sortie d'une rencontre avec des responsables policiers au lendemain d'une manifestation nocturne à Paris, partie de l'Essonne. Point de départ: l'attaque contre quatre policiers survenue à Viry-Châtillon le week-end précédent. "Souvent ce sont des événements qui cristallisent la grogne", poursuit Dominique Rizet.

1958, 1983, deux manifestations d'envergure

Après la mort de deux policiers de la BAC sur le périphérique parisien en 2013 ou plus récemment après l'assassinat d'un couple de policiers à Magnanville par un terroriste, la colère avait été tue. Elle s'était exprimée toutefois en octobre 2001 lors d'un marche qui avait rassemblé 10.000 policiers à Créteil, dans le Val-de-Marne, après la mort de deux collègues tués lors d'un cambriolage auquel le braqueur multirécidiviste Jean-Claude Bonnal, surnommé "Le Chinois" avait participé. Comme à chaque fois, c'est le "laxisme" de la justice qui est dénoncé. 

Si les manifestations de policiers ont toujours existé, il faut remonter au milieu du siècle dernier et à la IVe République pour trouver un mouvement d'exaspération semblable à celui qui se passe actuellement. En mars 1958, des policiers étaient partis de la préfecture de police de Paris vers l'Assemblée nationale, hurlant et sifflant. "La IVe République n’est plus très assurée à ce moment-là, pour moi, elle est même morte en mars 1958, le pouvoir n’avait plus rien pour se défendre, il était nu", analyse Jean-Marc Berlière, spécialiste de l'histoire des polices en France.

De l'avis d'un ancien membre de la police judiciaire, la grogne de juin 1983 est emblématique. Des milliers de policiers s'étaient rendus place Vendôme sous les fenêtres de Robert Badinter, alors ministre de la Justice. Ils venaient y dénoncer l’abrogation de la peine de mort, la suppression de la loi anticasseur ou la disparition des quartiers de sécurité renforcée dans les prisons. Des peines disciplinaires contre des chefs de service ou des commissaires avaient alors été prises pour avoir laisser passer ces manifestants.

"Le gouvernement va tout faire"

"Les formes varient, les circonstances varient mais les revendications restent les mêmes, note Jean-Marc Berlière. C’est toujours au sujet des conditions de travail. L’Histoire bégaye." Pour lui, la suppression de la police de proximité, celle des Renseignements généraux, sous Nicolas Sarkozy, a fini de confirmer un "malaise qui s'est accumulé depuis 15-20 ans". Les prémices s'étaient fait sentir en mai dernier lors d'une mobilisation pour dénoncer la "haine anti-flic". A cela s'est ajouté une cassure avec leurs syndicats mais surtout leur hiérarchie et l'arrivée de la présidentielle.

"C’est évident, plus un régime est aux abois et plus la société policière, l’institution, est à même d’en tirer avantage", note Jean-Marc Berlière.

En 2016, ce sont les policiers manifestants qui sont pourtant sous la menace de sanctions. "Les policiers jugent leur hiérarchie affairiste, estime Dominique Rizet. Les syndicats pour eux ne font que défendre leurs intérêts, négocier pour leurs intérêts." Mercredi, François Hollande va recevoir à l'Elysée les organisations représentatives des policiers. "Le gouvernement va tout faire pour répondre aux demandes des policiers qui ne lâcheront pas, conclut l'historien spécialiste de la police. Tous les pouvoirs sont extrêmement attentifs aux mouvement policiers, celui qui tient la police tient le pouvoir."

Justine Chevalier