BFMTV

Plainte déposée, intervention des gendarmes critiquée: colère après le féminicide dans le Bas-Rhin

Photo d'illustration

Photo d'illustration - AFP

La victime, une femme de 40 ans, avait déjà déposé deux mains courantes et une plainte pour des faits de violences conjugales. La militante féministe Caroline De Haas a notamment déploré des "dysfonctionnements majeurs dans la prise en charge des femmes victimes de violences".

Le 131e féminicide de l'année 2019 a eu lieu dimanche, dans le Bas-Rhin. Un homme a été placé en garde à vue, soupçonné d'avoir mortellement poignardé sa conjointe à Oberhoffen-sur-Moder. Cette femme, âgée de 40 ans, est morte dans les bras de sa fille, selon un récit de cette dernière.

Ce drame n'a pas manqué de susciter l'émoi puisque la victime avait déjà déposé deux mains courantes contre son mari pour des faits de violences conjugales, ainsi qu'une plainte. Mais cette dernière n'a pas été prise en compte par le parquet. De quoi raviver les critiques contre les forces de l'ordre et la justice, dont l'inaction et le manque de discernement sont souvent pointés du doigt lorsqu'il est question de féminicides.

Comme l'a rappelé ce mardi au micro de BFMTV Caroline De Haas, membre du collectif #NousToutes, 30% des femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2018 avant déposé une main courante ou une plainte avant de mourir, selon un comptage du Monde.

"Ce n'est pas raisonnable"

La vitesse d'intervention des gendarmes, prévenus des violences au domicile de la victime par un coup de téléphone de son beau-fils, est vivement critiquée deux jours après les faits. Les militaires ont, selon leurs dires, mis "une vingtaine de minutes" à arriver sur place. Un délai qu'ils ont qualifié de "raisonnable", d'après une source auprès de BFMTV.

"Ce n'est pas raisonnable!", a vivement réagi ce mardi Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes, sur notre antenne. "Là, ça n'allait pas. Après, tout dépend de la configuration. Mais si on sait que l'homme est violent, ils savent qu'il ne faut pas traîner et ils savent que cette femme est en danger de mort immédiat. Lorsque c'est un appel qui vient d'un domicile où il y a déjà eu des violences, on sait qu'il y a un risque extrêmement fort pour que ça aboutisse à un assassinat", a-t-elle déploré.

"Cette personne était sous emprise, elle était en danger"

Selon nos informations, les gendarmes ont reçu ce même soir onze coups de téléphone pour violence intra-familales sur le même secteur. Les forces de l'ordre auraient par ailleurs conseillé à cette femme, chez qui ils étaient déjà intervenus quelques jours plus tôt, de quitter son domicile. Ce qu'elle aurait refusé.

Mais pour Marie-Claude Bertrand, présidente du Conseil national des Femmes Françaises, "ce n'est pas si facile". "Il faut au moins six départs, ou essais de départs, avant de franchir le pas. Cette personne était sous emprise, elle était en danger", assure-t-elle. Anne-Cécile Mailfert, estime elle aussi que demander à la victime de quitter sa maison n'était pas la solution.

Ça peut faire partie des solutions, si tenté que la victime le souhaite. (...) Mais il y a des situations, comme c'est le cas de cette dame, où c'était sa maison, elle avait son chien, ses habitudes. Et dans ce cas, il faut éloigner le conjoint violent. (...) Ce que les gendarmes auraient dû faire", dénonce-t-elle.

Des ""dysfonctionnements majeurs dans la prise en charge des femmes victimes de violences" également pointés du doigt par Caroline De Haas. La militante s'est dite "hyper choquée de voir que des femmes meurent alors qu'elles avaient appelé à l'aide, et notamment qu'elles avaient appelé à l'aide les forces de l'ordre où le système judiciaire".

Caroline De Haas a ainsi appelé à une meilleure formation des professionnels susceptibles d'être confrontés à des faits de violences conjugales.

"Ce n'est pas que la prise en charge qui dysfonctionne, c'est aussi la détection des violences. C'est a dire que les policiers, les gendarmes, mais également les professionnels de santé, du travail social, ne sont pas formés à détecter lorsqu'une femme est en danger. Il y a pourtant des outils qui existent, des questionnaires, qui, si on était formé à les utiliser, permettraient sans doute de sauver de nombreuses vies", a-t-elle assuré.

Le gouvernement dans le viseur

Le gouvernement, qui doit rendre les conclusions du Grenelle des violences conjugales le 25 novembre prochain, a également une part de responsabilité selon Caroline De Haas. "Aujourd'hui, il n'a pas décidé de changer de politique publique", a-t-elle déclaré, réclamant plus de moyens pour détecter et lutter contre les féminicides. 

Anne-Cécile Mailfert a quant à elle déploré "qu'énormément de propositions" de loi, notamment en provenance des Républicains, ne soient pour l'instant pas prises en compte. D'après la présidente de la Fondation des Femmes, le gouvernement y est favorable et en discute dans le cadre du Grenelle, mais ne fait pas avancer les choses parce qu'il ne "s'agit pas du projet de loi gouvernemental".

En 2018, 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. En 2019, le décompte s'élève pour l'instant à 131, et l'année n'est pas encore terminée. Le 23 novembre, une nouvelle marche aura lieu à Paris contre les violences sexistes et sexuelles, pour interpeller le gouvernement et l'opinion publique quant à ce fléau.

Juliette Mitoyen