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Ouverture à Paris du procès en appel de Jérôme Kerviel

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Le procès en appel de l'ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel, condamné à trois ans de prison ferme en première instance pour une perte historique de 4,9 milliards d'euros subie par la banque en 2008, s'est ouvert ce lundi à Paris.

Le procès en appel de l'ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel, condamné à trois ans de prison ferme en première instance pour une perte historique de 4,9 milliards d'euros subie par la banque en 2008, s'est ouvert ce lundi à Paris. A la question de savoir pourquoi il avait fait appel du premier jugement, qui l'avait lourdement condamné en 2010, l'ex-trader a répondu à la présidente: "Je considère que je ne suis pas responsable de cette perte et des faits qui me sont reprochés, j'ai toujours agi en connaissance de cause de ma hiérarchie". Me David Koubbi, nouvel avocat du prévenu, a clamé qu'il démontrerait son innocence et lancé une rafale de procédures avant l'audience, deux plaintes pour la banque pour faux et escroquerie au jugement et une procédure devant le Conseil supérieur de la magistrature contre le magistrat ayant précédé le premier procès.

"L'homme le plus lourdement condamné de l'Histoire"

La Société générale, qui a répliqué par une plainte pour dénonciation calomnieuse, voit dans ces démarches une gesticulation. "Quand on a subi une défaite en première instance, on est obligé de faire plus de bruit. Je ne vois dans cette affaire que du bruit médiatique et aucun argument juridique", a dit à la presse Me Jean Veil, un de ses avocats, avant l'audience. La cour, qui examinera le dossier jusqu'à la fin du mois, devra dire dans son délibéré, sans doute à l'automne, si elle confirme la culpabilité du jeune homme de 34 ans et sa responsabilité civile. La défense plaide la relaxe. Le premier jugement de 2010, suspendu par l'appel, a imposé à Jérôme Kerviel de rembourser le préjudice, ce qui prendrait plusieurs millénaires en reversant tout son actuel salaire net mensuel de 2 300 euros de consultant informatique. Ceci fait de lui, selon son avocat, "l'homme le plus lourdement condamné de l'Histoire". Les "incidents" de trading de ce style, alimentant les doutes et les critiques politiques contre les marchés, ont suscité des réglementations jusqu'ici sans grande portée.

D'autres traders face à la justice

La justice fait face à d'autres dossiers, à Paris où un ex-trader de la Caisse d'Epargne poursuivi pour une perte de 751 millions d'euros en 2008 attend son procès, comme à Londres où l'ex-trader d'UBS Kweku Adoboli, qui a perdu en septembre 2,3 milliards de dollars, plaide non coupable. Le président français François Hollande entend imposer aux banques la séparation des activités de dépôt et de marché. Malgré un changement d'avocat, David Koubbi remplaçant l'expérimenté Olivier Metzner, Jérôme Kerviel renforce sa ligne de défense consistant jusqu'ici à accuser sa hiérarchie d'avoir fermé les yeux sur son travail. En première instance, le tribunal avait déclaré le prévenu coupable "d'abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un système informatique" en écartant ses allégations. Les juges relevaient d'abord que Jérôme Kerviel admettait avoir pris depuis 2005 des positions à risque vertigineuses sur des contrats de "futures" portant sur des indices boursiers européens, ayant atteint près de 50 milliards d'euros, et camouflées par d'autres passations d'ordres fictives. Dénouées après leur découverte, en pleine déroute des marchés financiers, les positions ont provoqué la perte finale la plus lourde de l'histoire financière mondiale. Mais il n'y a rien qui laisse penser que la banque ait pu encourager ou même soupçonner de tels agissements, a dit le premier jugement.