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Les temps forts du procès du jihadiste français Tyler Vilus, l'"émir" de Daesh

Le jihadiste français Tyler Vilus lors de son procès à Paris le 25 juin 2020

Le jihadiste français Tyler Vilus lors de son procès à Paris le 25 juin 2020 - Benoit PEYRUCQ © 2019 AFP

Le verdict est attendu ce vendredi au procès du jihadiste Tyler Vilus, premier Français accusé d'avoir commis des meurtres à être jugé en France.

Il est le premier Français accusé d'avoir commis des meurtres en Syrie pour le compte de l'Etat islamique à être jugé en France. Ce vendredi, la cour d'assises spécialement composée rendra son verdict concernant Tyler Vilus, ancien "Emir" du groupe terroriste Daesh. L'homme aujourd'hui âgé de 30 ans est jugé depuis le 25 juin pour son appartenance à une entreprise terroriste, pour avoir dirigé un groupe de combattants et pour "meurtre aggravé". Il est notamment apparu sur une vidéo d'exécution de deux prisonniers. Tyler Vilus encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Tout au long de ces sept journées d'audience, la justice a tenté de comprendre l'engagement de cet homme qui a quitté la France à 23 ans pour rejoindre la Syrie. Elle a également essayé de déterminer ses liens avec Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats de Paris et Saint-Denis le 13-Novembre 2015, alors qu'il a toujours nié tout projet d'attentat en France.

Des "aveux" minimalistes

Tyler Vilus s'est beaucoup exprimé tout au long de ce procès, mais il aura fallu attendre l'avant-dernier jour du procès pour que le trentenaire admette son intention de combattre lorsqu'il a rallié la Syrie, sans toutefois reconnaître formellement son implication dans des projets d'attentat.

Après un premier voyage en Tunisie où il se frotte une première fois au radicalisme salafiste, Tyler Vilus se rend en Syrie entre octobre et décembre 2012 avant de s'y installer en mars 2013. "Quand je pars de Syrie, je sais que je vais mourir, c’est un chemin sans retour", a-t-il déclaré mercredi devant les juges. La justice tente de lui faire préciser ses projets, ses cibles. Prévoyait-il de commettre un attentat? "Je ne peux pas vous dire oui. Je ne vais pas me faire exploser en tout cas, je n’ai jamais été convaincu par le fait de mettre fin à ma vie."

Et d'ajouter: "Je pars pour mourir les armes à la main. (...) J’envisageais de mourir dans un combat. Qu’on me tue."

Des actes violents qu'il prévoyait de commettre après avoir quitté la Syrie, lui qui n'a participé qu'à quelques combats jusqu'à la fin 2013 après avoir été blessé au dos. "Pour moi, c’est clair et net, je vais poursuivre le djihad. Quand je pars de Syrie, je sais que je vais mourir, c’est un chemin sans retour", explique Tyler Vilus, qui a été arrêté il y a cinq ans jour pour jour à l'aéroport d'Istanbul, alors qu'il s'apprêtait à décoller pour Prague.

Les retrouvailles avec "Mamie Jihad"

Le jihad de mère en fils. La mère de Tyler Vilus est venue témoigner au cours de ce procès. Christine Rivière est connue du grand public sous le surnom de "Mamie Jihad", en sa qualité de doyenne des femmes jihadistes détenues. Cette femme de 54 ans, qui purge une peine de 10 ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste et pour financement du terrorisme, s'est convertie à l'islam radical au contact de son fils Tyler. Cela faisait six ans que le fils et la mère ne s'étaient pas vus, depuis un voyage de cette dernière en Syrie en 2014.

"En rentrant dans l'islam, Tyler est devenu quelqu'un de mieux", qui a "arrêté de fumer et qui a arrêté l'alcool", a-t-elle asséné.

Face à la cour, Christine Rivière joue l'esquive pour ne pas faire de tort à son fils. Tyler Vilus "n'a pas cherché à (la) forcer" à se convertir, elle "ne se souvient plus" qui elle a rencontré ou dans quelle ville elle a séjourné en Syrie. La justice lui a demandé de décrire ses voyages en Syrie, rien des fonctions de son fils au sein de la hiérarchie de l'Etat islamique. Son fils a laissé échapper sa colère lorsque la cour l'interroge sur son rôle à elle de recruteuse.

"Ma mère, je ne lui disais pas ce que je faisais. Pour les armes, il y avait des armes chez moi, on était en guerre", dit-il, décrivant sa maison comme "une bulle de normalité dans la guerre". "Après, ma mère, c'est ma mère. Vous pensez qu'elle va m'incriminer? Même la vérité elle ne va pas la dire parce qu'elle a peur de m'incriminer. Si vous voulez savoir quelque chose, demandez-moi".

Le témoignage du renseignement français

"La rapidité de cette promotion est remarquable", relève la seconde enquêtrice, pour qui cette ascension éclair est "réservée aux jihadistes bénéficiant d'une confiance totale des cadres de l'Etat islamique". Les enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure ont indiqué devant la cour d'assises spéciale que Tyler Vilus avait un profil "sans équivalent" car il est l'un des rares encore vivants à avoir fréquenté toute la galaxie jihadiste francophone de Syrie, d'Omar Diaby et Mourad Fares, recruteurs d'une vaste filière, au Toulousain Rodrigue Quenum, pris en photo tenant par les cheveux une tête fraîchement coupée, à son "frère" Rached Riahi, membre de la filière dite de Cannes-Torcy, probablement mort en Syrie.

La cheffe de la section en charge du dossier Vilus à la DGSI, autre témoin sous X, a esquissé le même profil d'un "jihadiste aux multiples facettes", "un combattant de grande envergure" qui "s'est également distingué dans d'autres registres" comme "recruteur de combattants et de femmes" et comme "policier au sein d'une organisation terroriste".

La diffusion de la vidéo d'une exécution

Tyler Vilus est soupçonné d'apparaître sur la vidéo de l'exécution de deux prisonniers de Daesh. La cour d'assises spéciale a visionné à plusieurs reprises ces images sur lesquelles on voit deux prisonniers en tenue orange qualifiés d'ennemis des musulmans, qui déclinent leur identité et répondent à un bref interrogatoire. La séquence suivante montre la scène d'exécution, dans la rue. Les prisonniers sont à genoux, menottés dans le dos, les yeux bandés. Ils recoivent chacun une balle dans la tête.

Bourreaux et agents de la sécurité de l'EI forment un premier cercle autour des prisonniers, devant une foule de spectateurs, essentiellement composée d'hommes et de quelques enfants. Tyler Vilus se tient dans le premier cercle, à moins de deux mètres des bourreaux. La justice le soupçonne d'être le donneur d'ordres.

"Je suis là parce que je fais partie de l'EI, ne pas m'arrêter et partir, cela aurait été très bizarre", a-t-il expliqué à la cour. "A aucun moment je ne prends part à ce qu'il se passe", a-t-il également martelé.

Le président de la cour ainsi que l'avocat général lui ont fait remarquer qu'il est vêtu d'un treillis militaire, qu'il a un talkie-walkie dans les mains et une ceinture équipée d'une grenade. Contredisant sa version, il lui est également fait remaquer qu'au lieu de quitter la scène comme les autres "spectateurs", lui reste et va vers les cadavres.

La douleur d'une mère

La mère de la seconde épouse de Tyler Vinus a été convoquée mardi devant la cour d'assises spéciale. Elle est venue dire ce qu'elle sait de l'accusé, qui a épousé sa fille en octobre 2013. Elle débute son témoignage pour dire qu'elle est sans nouvelles de son enfant depuis 2017. La salle est, elle, au courant qu'Inès Seftaoui est morte, tuée avec la petite fille qu'elle a eue avec Tyler Vilus, dans un bombardement à Mossoul à l'été 2017.

Le président de la cour d'assises spéciale tente de la faire parler sur le dossier, pour essayer de savoir ce qu'elle sait de Tyler Vilus. Leïla D. ne sait pas que l'homme est le second mari de sa fille. Elle parle de lui comme un homme "méchant" qui ne laissait pas sa fille rentrer en France. Elle est interrogée sur ses conversations avec sa fille Inès. Avant de finalement comprendre qui est l'homme dans le box des accusés.

Le président l'amène alors doucement vers ses informations concernant sa fille.

- Vous ne savez pas ce qu'est devenue votre fille? demande le président. - Non. (...) La DCRI, ils posent des questions mais ils ne donnent pas de réponses. - Votre fille serait décédée en 2017 dans un bombardement à Mossoul, ainsi que son enfant. Leïla D. vacille. Trouve la force de murmurer: "Ma fille est... morte?". "Elle était enceinte de trois mois". Puis éclate en sanglots.
https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV