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Les rodéos urbains, un phénomène qui agace autant qu'il inquiète

Le phénomène, récurrent, se fait particulièrement sentir avec le retour des beaux jours. Ces courses sauvages en deux roues ou en quad représentent pourtant un réel danger pour les conducteurs comme pour les riverains.

Il fait chaud et pour aérer votre domicile vous ouvrez vos fenêtres quand soudain… pétarades, vrombissements de moteurs et cris de jeunes exaltés par la vitesse. Le calme est brisé par un rodéo urbain

Popularisées par des films comme ceux de la franchise "Fast & Furious", ces courses font fi de toutes les règles élémentaires de sécurité routière. Véhicules non homologués et lancés à plein régime par des conducteurs sans casque... 

"S'ils veulent jouer à ça ils devraient le faire dans des endroits spécialement dédiés à ça. Pas dans des endroits urbains où les enfants peuvent jouer. C'est insupportable", se plaint une habitante d'Evry, dans l'Essonne. Insupportable, c'est le mot qui revient sur toutes les lèvres. Tant vis-à-vis des nuisances sonores que du danger lié à ces courses. 

Car si leur nom évoque le Far West, c'est la tranquillité des villes que ces "runs" viennent rompre. Et au danger s'ajoute l'agacement.

Un courrier au gouvernement resté lettre morte

En mars dernier, Le Parisien indiquait que les maires de neuf communes de l’Essonne avaient couché sur papier leur exaspération face à ce phénomène. Ils ont saisi collectivement le ministre de l’Intérieur pour l’alerter, demandant une législation plus sévère. Ils n’avaient fait que réitérer une demande déjà formulée en juillet 2015 qui ne s’était alors soldée que par un simple accusé de réception.

 "Il faut passer impérativement à une autre étape juridique qui est de faire en sorte que ce ne soit plus une infraction au code de la route mais que ça relève de quelque chose qui soit caractérisé judiciairement comme relevant de la correctionnelle", estime Francis Chouat, à la tête de la mairie d'Evry.

En somme, que les rodéos relèvent du délit et non plus de la simple infraction. Mais pour éradiquer le problème, la municipalité aimerait aussi que la circulation des Quads et les motocross puissent être interdits dans les artères de la ville.

Autre département même problème. A Herblay, le maire de cette petite commune du Val-d'Oise déplore un phénomène qui "empoisonne la vie des concitoyens".

Des policiers qui payent les frais de fourrière de leur poche

"La justice n'aide pas les polices nationales et municipales. Quand ces délinquants sont pris en chasse par les forces de l'ordre et qu'ils se blessent, ce sont les fonctionnaires qui risquent des poursuites. C'est ce qui leur donne un sentiment d'impunité et ils se permettent alors toutes les provocations", se révolte Philippe Rouleau.

Par ailleurs, les policiers se retrouvent coincés sur un autre plan.

"Lorsqu'ils trouvent un de ces Quads ou de ces motocross et qu'ils les confisquent, ce sont eux qui payent de leur poche les frais de fourrière en attendant que les contrevenants payent. Et comme ces derniers sont pour la plupart non solvables...", regrette-t-il.

Une justice à deux vitesses qui nourrit le vote extrême 

L'élu décrit des riverains excédés. "Beaucoup d'Herblaisiens veulent faire justice eux-mêmes". La municipalité les a encouragés à photographier les plaques d'immatriculations de ces véhicules. Ce qui souvent ne suffit pas.

"On nous a dit qu'il fallait prouver qu'il y avait mise en danger de la vie d'autrui. Qu'est-ce qu'il faut faire? Mettre une poussette en plein milieu d'une de ces courses sauvages pour montrer que c'est dangereux?", s'interroge-t-il, un brin énervé.

Philippe Rouleau fustige par ailleurs une justice à deux vitesses qui pousserait selon lui les électeurs à se tourner vers des votes extrêmes. "Quand les citoyens voient qu'ils sont sanctionnés s'ils roulent à 55 km/h au lieu de 50 km/h et que ces délinquants non, comment doivent-ils le prendre?".
Marie-Caroline Meijer avec Thibaud Cheminant et Benoît Durand-Kriegel