BFMTV

Les émeutes de Trappes face à la justice

Policiers aux Merisiers à Trappes, la première nuit d'émeutes, le 19 juillet.

Policiers aux Merisiers à Trappes, la première nuit d'émeutes, le 19 juillet. - -

Le contrôle d'une femme voilée avait provoqué plusieurs nuits de violences en juillet. Des violences symptomatiques de deux positions inconciliables, qui devraient se retrouver au cœur des débats judiciaires dès ce mardi.

MAJ du 17/09: les procès des deux émeutiers qui devaient être jugés ce mardi ont été renvoyés, respectivement au 23 et au 30 octobre. L'un d'eux, Alexandre, conteste les faits qui lui sont reprochés, et son avocat a demandé une expertise.

A Trappes, deux mois ont passé depuis les émeutes. Trois nuits d'été brûlantes, entre le 19 et le 22 juillet dernier, qui avaient trouvé leur origine dans une altercation lors du contrôle par la police d'une femme voilée. Trois nuits de violences, au coeur de deux procès cette semaine.

Au centre des débats, deux visions opposées: celles de jeunes gens s'estimant victimes d'actes islamophobes et de provocations policières, et celles de policiers dénonçant le combat communautaire mené dans certains quartiers par les tenants d'un islam radical.

Les violences ont débuté après le contrôle d'une femme intégralement voilée. Le 18 juillet, des policiers interceptent Cassandra, 20 ans, visage totalement recouvert, qui marche dans la rue avec son mari - depuis avril 2011, la loi interdit la dissimulation du visage dans l'espace public. Au cours du contrôle, un fonctionnaire aurait commenté: "On n'est pas à Kaboul!" Le jeune homme se jette alors sur lui, tentant de l'étrangler.

Un couple de convertis à l'islam

Incendies de poubelles, jets de cailloux, destruction d’abribus – la nuit suivante, deux cents à quatre cents personnes se rassemblent devant le commissariat où le mari de Cassandra, Mickaël, est en garde à vue. La police réplique des tirs de lacrymogènes et des grenades de dispersion. Un adolescent est blessé à l'œil, il porte plainte. Dans le quartier pauvre des Merisiers, les violences durent trois nuits avant de s'éteindre.

Cassandra comme Mickaël sont des convertis à l'islam. Elle depuis l'âge de 15 ans, lui à 16. Selon Le Monde, c’est elle qui a averti les responsables de la mosquée qu'ils fréquentent après l’incident avec les policiers. Dès le jeudi soir, le quartier savait qu'une "bavure" s'était produite, selon les mots d'un habitant.

Deux émeutiers comparaissent mardi

Une dizaine de personnes sont arrêtées. Trois jeunes gens de 18, 19 et 21 ans sont jugés immédiatement, en comparution immédiate. Accusés d'avoir jeté des pierres sur des policiers, ils sont condamnés à des peines de prison ferme. Majid, 18 ans, et Alexandre, 20 ans, auraient dû comparaître au même moment "violences avec ITT" (interruption du temps de travail) et "rébellion" à l’encontre des policiers.

Renvoyé, leur procès s'ouvre mardi. Une chance? L'avocat du second, Me Alexis Debord, admet que "la pression médiatique retombée, les juges vont aborder ce procès dans une ambiance moins lourde".

Le mari jugé vendredi

Hasard du calendrier, c'est vendredi que s'ouvre le procès de Mickaël, le mari de la jeune femme voilée, pour l'incident déclencheur des émeutes. Il comparaît à Versailles pour "rébellion" et "outrage" à trois policiers, et "violences avec ITT" sur l'un d’eux. Mais le jeune homme et les fonctionnaires se renvoient la balle – islamophobie contre violences envers policiers.

L'avocat de Mickaël, Me Wenceslas Ference, dépeint un jeune homme "calme" et "non violent", "inconnu des services de police". Face à lui, l'un des policiers affirme que Mickaël l'a frappé au visage et qu'il lui a serré la gorge lors du contrôle.

Repli communautaire

En outre, les trois policiers partie civile estiment que ce sont les "salafistes" et Mickaël, qui a embrassé cette branche radicale de l'islam, qui "ont instrumentalisé l'incident". Les plaignants espèrent ainsi que ce procès mettra au jour le "combat communautaire" que ces tenants d'un islam littéral et ultraorthodoxe mènent aux Merisiers, a indiqué de son côté leur avocat, Me Thibault de Montbrial.

L'association qui tient la mosquée que fréquente le couple est en effet tenue par l'Union des musulmans dont le président, selon un rapport de police rédigé après les faits, "se rattache à une pratique de l'islam salafiste". Une pratique rigoriste de la religion qui, note Le Monde, a particulièrement progressé chez les jeunes de Trappes depuis dix ans.

Mathilde Tournier et avec AFP