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Le dernier vol d’Amelia Earhart, évaporée dans les airs il y a 82 ans

Amelia Earhat est la 16ème Américaine à avoir obtenu son brevet de pilote.

Amelia Earhat est la 16ème Américaine à avoir obtenu son brevet de pilote. - BFMTV

VOYAGE AU BOUT DU MYSTERE - En 1937, l'Américaine embarque à bord de son avion. Au moment d'atterrir sur l'île d'Howland, elle émet un dernier signal radio et disparaît mystérieusement des ondes.

Huit décennies de mystère et toujours la même détermination à résoudre cette disparition énigmatique. Depuis 1937, les expéditions et spéculations pour expliquer ce qui est arrivé à l’aviatrice américaine Amelia Earhart et son navigateur Fred Noonan lors de leur tour du monde se succèdent. Leur avion, un Lockheed Electra 10E, s’est volatilisé en plein vol et aucune trace n’en a jamais été retrouvée.

Le périple du binôme débute le 21 mai 1937. Ce jour-là, ils décollent d'Oakland, en Californie, et entament leur audacieux tour du monde en avion en suivant l'équateur, l’itinéraire le plus long pour réaliser cet exploit. En 13 jours, ils parcourent des milliers de kilomètres et effectuent une vingtaine d’arrêts de l’Amérique du Sud à l’Afrique en passant par l’Inde et l’Asie du Sud-Est.

Amelia Earhart aux commandes du Lockheed 10 Electra, avant le décollage depuis la Californie, en 1937.
Amelia Earhart aux commandes du Lockheed 10 Electra, avant le décollage depuis la Californie, en 1937. © ALBERT BRESNIK / THE PARAGON AGENCY

Le matin du 2 juillet, le tandem s’attaque à l’avant-dernière étape de son voyage: Earhart et Noonan décollent de Lae, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et mettent le cap sur l'île d'Howland à plus de 4000 km, un atoll perdu en plein milieu du Pacifique.

"Nous tournons en rond (...) Nous ne vous entendons pas"

Vers 8h30, le Lockheed Electra s’approche de son point de chute et contacte l'Itasca, une vedette de la garde côtière américaine qui a jeté l'ancre au large d'Howland pour radioguider les deux aviateurs vers la terre ferme. C’est alors que les choses se gâtent.

"KHAQQ (l’indicatif radio du Lockheed Electra 10E) appelle Itasca : Nous devons être au-dessus mais je ne vous vois pas… niveau de carburant faible… impossible de vous contacter par radio… nous volons à une altitude de 300 mètres", émet à 8h43 la radio d’Amelia Earhart comme le rapporte le National Geographic.

Le soleil est à son zénith, éblouissant Earhart et Noonan. L’ombre des nuages sur l’océan crée l’illusion de petites îles et déstabilise le tandem qui tente une nouvelle prise de contact, empreinte d’inquiétude, avec la vedette.

"KHAQQ appelle Itasca: nous tournons en rond mais ne voyons pas l’île et ne vous entendons pas (...) KHAQQ à Itasca : nous cherchons au nord et au sud."

Puis, plus rien. Silence radio. Les gardes-côte américains se lancent immédiatement à la recherche de la carlingue. Au bout de quelques heures, des douzaines de bateaux et plus de 60 avions viennent leur prêter main forte et passent au crible le périmètre de la disparition. Aucune trace du Lockheed Electra. L’aviatrice américaine et son coéquipier ont-ils réussi à atterrir sur une autre île? Se sont-ils écrasés en mer à cause du manque de carburant?

Echoués sur une île, comme des naufragés

Les jours qui suivent la disparition, 120 signaux radio sont interceptés et semblent être reliés à l'affaire. Certains sont rapidement écartés, identifiés comme étant des canulars mais d’autres, qui utilisent le signal de Earhart et sont émis depuis le Pacifique, retiennent l’attention des secours, raconte l’auteur de The Most Traveled Man on Earth dans le média américain The Sentinel. Ces émissions n’ont jamais pu être identifiées clairement, un flou qui a largement participé à l'échafaudage de multiples théories.

Pour l'association TIGHAR (The International Group for Historic Aircraft Recovery), l’avion d’Amelia Earhart a dévié de sa trajectoire et s’est dirigé à 600 km au sud d’Howland, sur le récif de l'île de Nikumaroro. Ils supposent que le binôme a survécu quelques jours ou semaines sur cet atoll avant de mourir de faim ou de soif. Les membres du TIGHAR ont réalisé de nombreuses expéditions sur cette île et y ont découvert les restes d'un campement où avaient été retrouvés des os humains en 1940.

En 2018, une analyse médico-légale de ces restes a conclu que les ossements appartenaient à une femme dont la taille et la morphologie se rapprochent de celles d'Amelia Earhart, explique au National Geographic l'anthropologue légiste, Richard Jantz. Ce dernier a utilisé des photos et des vêtements de l’aviatrice pour analyser les mesures des os.

Selon lui, les analyses "soutiennent fermement la conclusion que les os de l'île de Nikumaroro sont ceux d'Amelia Earhart" ou alors qu'ils "appartiennent à quelqu'un qui lui ressemblait beaucoup".

Capturés par les Japonais

Au cours de leurs expéditions, les membres de THIGAR ont également mis la main sur des artefacts pouvant provenir du Lockheed Electra ou appartenir à sa pilote, comme des instruments de navigation, un morceau de tôle et même un pot de crème pour le visage, énumère Le Temps. Il n’en fallait pas plus pour convaincre l’explorateur américain Robert Ballard de se lancer sur les traces du Lockheed à l’été 2019.

"Cet avion existe. Ce n’est pas le monstre du Loch Ness, et il va être trouvé", a affirmé, confiant, au New York Times celui qui a retrouvé l’épave du Titanic.

Mais un an plus tard, le sort des aviateurs reste un mystère, même pour ce célèbre chercheur d’épaves. Cette affaire insoluble donne lieu à de multiples théories: Earhart et Noonan ne se seraient pas crashés sur l'île de Nikumaroro mais près des îles Marshall, contrôlées à l'époque par les Japonais. Ces derniers auraient capturé et fait prisonnier le tandem, explique le National Geographic. Plusieurs expéditions ont été conduites dans cette région située au nord ouest de l’île d’Howland.

En 2017, la chaîne américaine History a consacré une émission spéciale au mystère, diffusant une photo qui, selon le média, apportait la preuve de la présence des aviateurs sur les îles Marshall après leur crash. Quelques heures plus tard, il a été prouvé que la photo datait de 1935 et ne pouvait donc pas avoir de lien avec cette disparition.

Mystère légendaire

Amelia Earhart dans les années 1930.
Amelia Earhart dans les années 1930. © AFP

Finalement, la thèse retenue par le gouvernement américain est celle d’une chute au beau milieu de l’océan, par manque de carburant. Mais malgré les millions de dollars dépensés pour retrouver leur trace, le voile n’a toujours pas pu être levé sur cette affaire, rendant légendaire cette pionnière de l’aviation, la première femme à avoir traversé seule l'Atlantique à bord de son avion en 1932.

Amelia Earhart est depuis devenue une icône de l’émancipation des femmes. Pour l’historienne américaine, Tracey Jean Boisseau, cette histoire est "propice à la création d'une légende" car Amelia Earhart "ne meurt pas de vieillesse, elle n'est pas emportée par la maladie, elle ne meurt pas sous nos yeux dans une explosion. Elle meurt loin de notre regard, entourée de mystère".

BFMTV.com vous propose cet été de revivre d'authentiques voyages dans l'inconnu et l'inexplicable. Disparitions soudaines, morts défiant toute logique apparente, cadavres refusant de livrer leurs secrets et parfois jusqu'à leur nom, les faits-divers regorgent d'histoires restées sans réponse. Nous avons sélectionné cinq de ces drames, parmi les plus troublants. Voici le quatrième épisode de notre série.

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Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV