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Le chirurgien de Jonzac face à la justice: Joël le Scouarnec jugé pour 4 premières victimes

Joël Le Scouarnec est aujourd'hui âgé de 69 ans.

Joël Le Scouarnec est aujourd'hui âgé de 69 ans. - BFMTV

Joël Le Scouarnec, chirurgien digestif soupçonné de 350 cas de pédophilie, est jugé à partir de ce vendredi devant la cour d'assises de Saintes pour le viol et l'agression sexuelle de quatre premières victimes, dont deux de ses nièces. Ces dernières réclament un huis-clos, tandis que les parents de l'une des fillettes espèrent que ces trois jours d'audience lève un voile sur l'omerta familiale et professionnelle dont aurait bénéficié le médecin.

Pour les victimes, il s'agit du plus grand pédophile de l'histoire. A partir de ce vendredi, et pour trois jours, Joël Le Scouarnec va faire face à la justice. Soupçonné de 350 cas de pédophilie, ce chirurgien digestif qui exerçait il y a encore près de 3 ans à l'hôpital de Jonzac, comparaît devant la cour d'assises de Saintes, en Charente-Maritime, pour viol et agression sexuelle sur mineur. Face à lui, quatre victimes: la petite voisine qui a permis de lever le voile sur ce médecin, deux des nièces de ce dernier et une ancienne patiente.

Ce premier procès illustre l'ancrage dans le temps des pratiques pédophiles de Joël Le Scouarnec, et la justice aura à juger des faits anciens comme récents. Interpellé en 2017, le chirurgien a assouvi ses fantasmes et ses désirs depuis plus de 30 ans, parmi ses premières victimes, ses nièces. Aujourd'hui âgée de 29 et 34 ans, les deux jeunes femmes dénoncent des viols et des agressions sexuelles pour la première lorsqu'elle était âgée de 3 à 9 ans, et des agressions sexuelles pour la seconde lorsqu'elle avait entre 3 et 5 ans.

Les premières révélations

Depuis toutes ces années, ces jeunes femmes n'avaient pas osé briser la loi du silence. "Il était médecin, c'est une famille simple, poursuit l'avocate. Un médecin c'est tout de suite impressionnant. Pour elles, c'était un peu l'homme cultivé de la famille, personne n'osait se confronter à lui. C'était compliqué", expliquait à BFMTV au mois de janvier dernier leur avocate, Me Delphine Driguez, confiant leur "soulagement" après la mise en examen de leur oncle, mais aussi leur souffrance. Certaines des agressions se sont produites pendant leur sommeil, et les victimes les ont découvert au cours de l'instruction.

Une instruction qui a débuté au printemps 2017, alors que l'homme vit et réside à Jonzac. Elle découle des premières révélations sur Joël Le Scouarnec provenant de la petite voisine alors âgée de 6 ans. Ce jour d'avril 2017, la fillette raconte à son père que le voisin d'à-côté lui a montré son sexe alors qu'elle jouait seule dans le jardin. Elle décrit également un geste de masturbation. Interrogée plus tard par sa mère, l'enfant raconte, avec ses mots d'enfant, que le vieux médecin l'a violée. L'examen gynécologique pratiqué sur la petite victime confirme les faits. 

Des récits écrits chaque jour

Derrière les vitres sales de la maison de Jonzac dans laquelle il réside, les gendarmes perquisitionnent. De nombreux supports numériques renfermant des contenus pédopornographiques, mais aussi des petites poupées, certaines portant des chaînes, des perruques sont découvertes. Surtout les enquêteurs découvrent des carnets dans lesquels Joël Le Scouarnec liste des centaines de noms, de prénoms, de dates. Des carnets titrés "vulvettes" et "Quéquettes". Des pages entières sont également retrouvées dans son ordinateur: chaque jour quasiment, il décrit des scènes pédophiles ou le désir qu'il éprouve pour ces enfants, la plupart du temps des patients.

Joël Le Scouarnec, "manipulateur fasciné par la pédophilie", "égocentrique et obsessionnel", comme le décrit l'expertise psychologique, est en effet jugé pour l'agression sexuelle d'une quatrième victime, une ancienne patiente. Les faits qui se sont déroulés à l'hôpital de Loches au mois de février 1993, le chirurgien les évoque spontanément devant les enquêteurs, comme il livre "d'une manière générale" son "attirance sexuelle pour les enfants". Pour chaque cas jugés, il reconnaît en effet des atteintes sexuelles mais nie farouchement les viols. Praticien en Indre-et-Loire, à Vannes dans le Morbihan ou Quimperlé dans le Finistère et enfin à Jonzac, en Charente-Maritime, il est soupçonné désormais par la justice d'avoir abusé de 349 personnes entre 1986 et 2017. 

Débat sur le huis-clos

Des années pendant lesquelles il a été couvert? C'est ce que considère les parents de la petite voisine de Jonzac.

"C'est surtout pour dénoncer l'omerta de la famille, explique Jérôme Loiseau. L'Ordre des médecins n'a pas fait le nécessaire et l'a laissé continuer travailler."

Le père de la fillette fait référence à la condamnation en novembre 2005 de Joël Le Scouarnec pour détention, importation et recel d'images à caractère pédopornographique. Cette condamnation n'était pas assortie d'une interdiction d'exercice ou d'une obligation de soins.

Les parents de la petite voisine veulent que ce procès soit public, tandis que les autres victimes réclament une audience à huis-clos. L'avocat de Joël Le Scouarnec rappelle lui que ce procès est celui de son client, et pas celui de son entourage. "Joël Le Scouarnec souhaite s'exprimer dans de bonnes conditions, il souhaite entendre, il souhaite parler, il souhaite s'exprimer librement, c'est tout ce qu'il souhaite", détaille Me Thibaut Kurzawa.

Et d'ajouter: "Il est à la fois stressé parce qu'il connaît les enjeux de cette procédure, il sait qu'il va devoir s'expliquer mais en même temps il est assez impatient de pouvoir s'exprimer car il entend faire de ce procès une façon pour de s'exprimer face aux parties civiles et à la société, il entend reconnaître les infractions qu'il a reconnues depuis le départ, et il entend contester celles qu'on lui reproche et qu'il ne reconnaît pas avoir commis."
Justine Chevalier