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La "Veuve noire" de la Côte d'Azur condamnée à 22 ans de réclusion

Patricia Dagorn le 16 janvier 2018 à son procès.

Patricia Dagorn le 16 janvier 2018 à son procès. - Benoit PEYRUCQ / AFP

Patricia Dagorn a été condamné à 22 ans de réclusion pour assassinats et empoisonnements ce jeudi à Nice. Elle comparaissait pour l'assassinat de deux hommes et l'administration de substance nocives à deux autres octogénaires.

Reconnue coupable d'avoir empoisonné plusieurs hommes âgés sur la Côte d'Azur, dont deux sont morts dans des circonstances suspectes, Patricia Dagorn a été condamnée jeudi à Nice à 22 ans de réclusion criminelle malgré ses dénégations et l'acharnement de ses avocats à dénoncer un manque de preuves. Jugée devant les assises des Alpes-Maritimes pour l'assassinat en 2011 de deux retraités, un SDF avec lequel elle partageait des nuits d'hôtel et un ancien maçon à la retraite confortable dont les proches ont trouvé ses ennuis de santé suspects, Patricia Dagorn n'a pas bronché à l'énoncé du verdict. 

"Perverse narcissique" 

Elle était aussi accusée d'avoir administré des substances nuisibles, du Valium, à deux autres octogénaires rencontrés par le biais d'une agence matrimoniale. Pour un seul d'entre eux, Robert Vaux, un veuf de Fréjus qui s'était épris d'elle et l'avait logée, elle a admis qu'il ait pu ingérer du Valium en buvant par inadvertance un verre qu'elle s'était servie pour elle-même.

L'avocate générale avait requis plus tôt ce jeudi 30 ans de réclusion criminelle à l'encontre de Patricia Dagorn. Elle a écrite par l'avocate comme une "perverse narcissique" avec une personnalité "psychopathe". 

"Je considère que les infractions reprochées à Mme Dagorn sont toutes caractérisées", a estimé Annie Brunet-Fuster, reconnaissant requérir "une sanction en effet sévère", à laquelle elle a demandé à la cour d'adjoindre une période de sûreté à sa convenance. 

Les souhaits de l'accusée en agence matrimoniale au centre du procès 

"Quand elle nie tout, elle ne vous dit pas la vérité", a lancé l'avocate générale aux jurés: "Comme elle ne veut pas revenir sur ses propos, elle en invente d'autres", a-t-elle poursuivi, rappelant que l'accusée avait eu depuis le début de son procès lundi "réponse à tout".

Pour appuyer ses réquisitions, la représentante du ministère public a notamment insisté sur le profil des souhaits de rencontres exprimés par l'accusée en agence matrimoniale : des hommes âgés de 50 à 80 ans ou plus. Elle a aussi cité les nombreux documents, passeports, chèques ou cartes d'identité "qui n'avaient rien à faire dans la valise de Mme Dagorn". 

"Tout le problème est d'aller au-delà de la personnalité et des suspicions pour vérifier si oui ou non l'infraction est caractérisée, et si on a des preuves", a alors pour sa part indiqué avant l'audience l'avocat de la défense Cédric Huissoud. Il avait plaidé l'acquittement de cette femme de 57 ans dont il a peint le portrait d'une personne incomprise, que "personne n'a sollicitée pour un parloir en six ans". "On ne consolera pas la solitude de Mme Dagorn, elle est trop profonde", a-t-il dit, tirant pour la première fois depuis le début du procès des larmes à sa cliente.

Une comparaison qui ne passe pas auprès de l'avocat de la défense

Il a rappelé que Francesco Filippone, 85 ans, la première des victimes de Patricia Dagorn, mort en février 2011, avait connu des ennuis de santé bien avant sa rencontre avec l'accusée. Il a aussi mis en doute sa responsabilité dans la mort en 2011 du SDF Michel Knefel, retrouvé gisant dans son sang dans un hôtel meublé niçois. Les traces de Valium décelées dans son sang étaient "dix fois moins que la dose mortelle", a-t-il rappelé, ajoutant que même la propre fille de la victime n'était parvenue à le sortir de la rue et de l'alcool. 

S'offusquant qu'un psychiatre ait comparé sa cliente au cours d'une audience à la célèbre Marie Besnard, soupçonnée d'avoir empoisonné douze de ses proches et acquittée en 1961, il avait lancé: "Je vais lui donner raison: acquittez-la!".

R.V. avec AFP