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La compagne du gilet jaune blessé à l'œil lors d'une manifestation à Paris dénonce "un guet-apens"

Le gilet jaune blessé samedi à Paris par un projectile, probablement tiré par la police, a perdu l'usage de son œil gauche, a affirmé sa compagne qui dénonce un "guet-apens" dont on ne pouvait s’extraire. La victime a décidé de porter plainte.

Dans la chambre d’hôpital de Manuel, c’est un sentiment d’injustice qui règne. Le quadragénaire a perdu l’usage de son œil gauche après avoir reçu un projectile en plein visage samedi, lors de la manifestation des gilets jaunes, place d’Italie à Paris.

"C’est une lacrymogène, elle m’a tapé dans l’œil et a explosé derrière moi", témoigne-t-il sur BFMTV, abattu et consterné. Il assure qu'il ne se trouvait pourtant pas parmi les casseurs ce jour-là. "J’étais loin, tous les black blocs étaient à gauche, nous on était à droite avec les pacifiques, on discutait", affirme-t-il.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on aperçoit effectivement cet homme de 41 ans discuter à l'écart du chaos avec d'autres manifestants, alors que la situation se tend autour de lui. Soudainement, un projectile vient le heurter violemment à l'œil gauche. Sur place, des manifestants et des "street medics" le mettent aussitôt à l'abri.

"Corrida humaine"

"Depuis un an qu'il était dans la rue quasiment tous les samedis, il n'a jamais rien cassé, jamais participé à des débordements, toujours été tranquille et là il se fait éborgner...Physiquement, il a très mal, il souffre énormément de maux de tête en plus de son œil. Et moralement... il est comme on peut l'être quand on vient d'apprendre qu'on n'aurait plus l'usage de son œil gauche", raconte à l’AFP Séverine, sa compagne, en colère et révoltée.

Sur BFMTV, elle compare la situation à "un guet-apens". "Ils nous ont envoyés dans une corrida humaine. Il y avait tout à disposition pour les casseurs qui étaient en grande quantité. C’était le chaos, l’apocalypse. Il y avait de la fumée noire partout à cause des feux. Les pavés et les bombes lacrymogènes fusaient de tous les côtés. Les policiers n’arrêtaient pas de charger. Toutes les rues étaient bloquées, c’était impossible de sortir de là", tance-t-elle.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête judiciaire pour "violence par personne dépositaire de l'autorité publique avec armes ayant entraîné une interruption temporaire de travail de plus de huit jours" et confié les investigations à l'IGPN.

Le préfet de police mis en cause

L’avocat du couple, Me Arié Alimi, dénonce une "violente agression" des forces de l'ordre lors "d'une nasse illégale ordonnée par le préfet de Paris". Il a annoncé qu'il allait déposer une plainte auprès du doyen des juges d'instruction pour réclamer une requalification criminelle des investigations, pour "violences volontaires avec arme et en réunion par personne dépositaire de l'autorité publique ayant entraîné une mutilation permanente".

Cette plainte doit être également déposée pour "violation de liberté individuelle". Elle vise nommément le préfet Lallement, l'accusant de complicité pour avoir autorisé l'usage de lanceur de grenade 56 mm.

Ces lanceurs de grenades lacrymogènes, dit Cougar ou Chouka, font partie des armes de maintien de l'ordre contestées depuis le début du mouvement des "gilets jaunes" qui a fait de nombreux blessés. "Il y a déjà eu assez d'éborgnés qui n'ont rien pu prouver. Là, on a la preuve, on ne peut pas dire qu'il était en train de faire quelque chose qu'il ne fallait pas", a ajouté sa compagne.

Igor Sahiri avec Ambre Lepoivre et AFP