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"J'aurais dû être plus combatif": Barbarin reconnaît des "erreurs" dans l'affaire Preynat

Le cardinal de Lyon Paul Barbarin au tribunal de Lyon pour son procès, le 7 janvier 2019

Le cardinal de Lyon Paul Barbarin au tribunal de Lyon pour son procès, le 7 janvier 2019 - Jeff Pachoud / AFP

Dans une interview à l'hebdomadaire La Vie, l'ancien archevêque de Lyon juge qu'il aurait dû être "plus combatif", lorsqu'il a su pour les agressions sexuelles commises par Bernard Preynat.

Il estime qu'il était temps que "l'on puisse entendre (s)a voix". Le cardinal Barbarin publie ce jeudi aux éditions Plon l'ouvrage En mon âme et conscience, dans lequel il revient sur l'affaire Bernard Preynat, un ancien prêtre de son diocèse, reconnu coupable d'agressions sexuelles sur mineurs. Dans une interview à l'hebdomadaire chrétien La Vie, l'ancien archevêque de Lyon reconnaît des "erreurs" concernant sa gestion de ces crimes.

"Je ne suis pas fier"

Désormais aumônier en Bretagne, Philippe Barbarin a été condamné en 2019 pour ses silences sur les agissements de l'ancien prêtre. En janvier dernier, il a été relaxé en appel des faits de non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs. La cour d'appel de Lyon a estimé qu'il avait une "connaissance précise" des actes de Bernard Preynat mais que les faits été prescrits. Depuis, les parties civiles se sont pourvues en cassation, mais cette dernière n'a pas encore rendue son arrêt.

Mais qu'importe, le cardinal affirme qu'on lui a dit "qu'une fois le procès terminé et les échos médiatiques apaisés, (il fallait que l')on puisse entendre ma voix". Interrogé par l'hebdomadaire sur le fait d'avoir des regrets, celui qui a depuis trouvé refuge en Bretagne, répond par l'affirmative:

"Oui. La justice a dit dès le début qu'il n'y avait pas matière à procès me concernant. Mais toute la procédure m'a fait réfléchir et voir plus clairement les erreurs que j'ai commises. Aujourd'hui, je comprends que, dès que j'ai entendu parler de toutes ces horreurs, j'aurais dû être plus combatif. Quand j'ai eu Bernard Preynat en face de moi en 2010, j'aurais dû exiger qu'il écrive avec précision ce qui s'était passé. Et j'aurais pu agir à partir de cela."

Et d'ajouter: "Je ne suis pas fier de ne pas l'avoir fait."

Un "reproche" au pape François

Sur les épreuves traversées par les victimes, le cardinal Barbarin dit qu'il n'avait "pas conscience de la profondeur et de l'ampleur du désastre". "Tous les témoignages que j'ai entendus et lus m'aident aujourd'hui à mesurer cette incroyable souffrance, aggravée par tant de blocages et de silences", ajoute-t-il.

Sur le refus du pape François de rencontrer les victimes de Bernard Preynat, Philippe Barbarin assure lui en avoir fait le "reproche":

"C'est un regret, et même un reproche que je lui fais intérieurement. Il a pourtant rencontré beaucoup de victimes d'abus sexuels. Celles de Bernard Preynat l'ont demandé, je l'ai demandé... J'espérais au moins qu'il leur écrive. Cela aurait été une manière de prendre acte de leurs blessures et ça aurait peut-être apporté du réconfort", affirme l'ancien archevêque de Lyon.

Esther Paolini Journaliste BFMTV