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Investigations sur la mort de Steve Maia Caniço: à quoi va servir l'enquête de l'IGA?

L'IGA devra déterminer les chaîne de responsabilité dans l'organisation du concert à Nantes le soir de la fête de la musique.

L'IGA devra déterminer les chaîne de responsabilité dans l'organisation du concert à Nantes le soir de la fête de la musique. - AFP

Le Premier ministre a annoncé ce mardi l'ouverture d'une enquête confiée à l'Inspection générale de l'administration pour déterminer les conditions d'organisation de la soirée au cours de laquelle Steve Maia Caniço est tombé dans la Loire. Cette enquête, débutée le 26 juillet, doit déterminer si d'éventuels manquements administratifs ont été réalisés par les services de la préfecture ou de la mairie.

Les causes de la mort de Steve Maia Caniço sont, pour le moment, inconnues. Le corps de l'animateur de 24 ans a été formellement identifié ce mardi, et le Premier ministre a livré les résultats de l'enquête administrative confiée à l'Inspection générale de la police nationale le 24 juin dernier. Elle doit déterminer les conditions d'intervention des forces de l'ordre le soir de la Fête de la musique à Nantes pour mettre un terme à une soirée électro sur le quai Wilson. "Ce rapport n'établit pas "de lien" entre cette intervention "et la disparition de Steve Maia Caniço", a précisé Edouard Philippe.

Mais l'enquête sur les conditions de la mort de l'animateur va se poursuivre sur le plan judiciaire alors qu'une information judiciaire pour "homicide involontaire" a été ouverte par le parquet de Nantes ce mardi. Parlant d'un drame qui "nous touche tous", le chef du gouvernement a indiqué avoir saisi également l'Inspection générale de l'administration (IGA) "pour aller plus loin" afin de comprendre les conditions d'organisation de ces "sound systems" dans la nuit du 21 au 22 juin au bord de la Loire, où il n'y a pas de barrière ni de garde-fou.

"Contrôle supérieur" de l'IGA

L'ouverture de cette enquête est intervenue vendredi, a appris BFMTV, après la remise du rapport de l'IGPN. Matignon et Beauvau détenaient déjà ce rapport auparavant, mais ne voulaient pas le communiquer publiquement avant que la famille de Steve Maia Caniço le consulte.

"Je souhaite que l'inspection générale de l'administration puisse étudier et analyser les conditions générales d'organisation de la fête de la musique sur le quai Wilson ainsi que la gestion des événements survenus durant la nuit", écrit le ministre de l'Intérieur dans sa lettre de mission envoyée le 26 juillet au patron de l'IGA.

En clair, l'enquête de ce service, composé de hauts fonctionnaires qui assurent un "contrôle supérieur", doit déterminer la chaîne de responsabilités au niveau de l'État, c'est-à-dire la préfecture de Loire-Atlantique mais aussi la mairie de Nantes. L'inspection va vérifier que les services ont fait respecter les règles d'organisation et de sécurité par les organisateurs du concert. L'IGA, placée sous l'autorité du ministère de l'Intérieur, doit aussi s'assurer que les conditions de sécurité étaient réunies et assurées par les services de l'État sur ce quai Wilson, pour la tenue de cet événement qui était autorisé.

L'IGA va devoir également préciser quelles étaient les consignes au moment de l'opération policière, ainsi que la chaîne de commandement et la question du commissaire sur le terrain, qui répond aux ordres du préfet.

L'IGPN charge la mairie et la préfecture

Le rapport IGPN sur la nuit du 21 au 22 juin est d'ailleurs à charge pour la mairie de Nantes. "Des éléments permettent de déterminer que s'il y a eu affrontements entre fêtards et policiers, et entre cinq et onze personnes tombées dans le fleuve à proximité et postérieurement ou concomitamment aux affrontements, c'est bien parce que" la mairie a donné l'autorisation d'organiser ce concert.

La police des polices met en cause également le fait que "seulement" deux agents de sécurité avaient été employés ce soir-là et que les barriérages n'avaient pas été disposés sur l'ensemble du quai alors même que les sound systems s'étendaient de bout en bout.

La venue des policiers à 4 heures du matin pour faire cesser la musique a d'ailleurs fait bouger les fêtards au bout de ce quai Wilson, là où il n'y avait pas de barrières de sécurité. La préparation par la préfecture de Loire-Atlantique est elle aussi mise en cause pour ne pas avoir pris en compte les fortes mobilisations des gilets jaunes à Nantes et les violences qu'elles ont engendrées. Selon le rapport, qui juge l'intervention des forces de l'ordre "justifiée" et "proportionnée", cela aurait pu prévenir les affrontements entre policiers et fêtards.

"Mes collègues interviennent pour des troubles de nuisance sonore, (....) ils sont environ une quinzaine, ce n'est pas un détachement de CRS, ils ne sont pas 100, ils sont 15, ils ne sont pas équipés en tenue de maintien de l'ordre, parce qu'ils ne sont là que pour faire éteindre la musique", rappelle Loïc Lecouplier, secrétaire national adjoint Alliance police. "Tout le monde coupe. Mais à peine ils ont le dos tourné que la musique est à fond. Quand ils reviennent, ils sont pris à partie par 150 individus."

Justine Chevalier