BFMTV

INFO BFMTV - Dekhar dénonce une "hystérie médiatique" dans une lettre envoyée en 1995

La lettre adressée en 1995 par Abdelhakim Dekhar, au juge en charge de l'affaire Rey-Maupin.

La lettre adressée en 1995 par Abdelhakim Dekhar, au juge en charge de l'affaire Rey-Maupin. - -

Dans une lettre écrite en 1995 par Abdelhakim Dekhar, depuis la prison de Fleury Mérogis et adressée au juge chargé de l'affaire Rey-Maupin, on décèle déjà des éléments de discours évoqués par le procureur de la République mercredi soir.

Arrêté en 1994 pour complicité dans la sanglante affaire Rey-Maupin, Abdelhakim Dekhar a passé quatre ans en prison. Il a écrit en 1995, depuis la prison de Fleury-Mérogis, une lettre adressée au juge d'instruction en charge de l'affaire. BFMTV s'est procuré le document.

La théorie du complot fasciste

"J'endure ce que l'on n'ose imaginer pour satisfaire une peur publique". Ainsi commence la missive. Plus loin, Abdelhakim Dekhar critique l'enquête qui, selon lui, "ne retient que les éléments qui [l']accusent. Elle écarte ou minimise ceux qui risquent de disculper." Il se dit le "bouc-émissaire" d'un "système inquisitorial". "Dans ce système inquisitorial, le prévenu doit être coupable, le coupable doit être condamné, et puis là, en l’occurrence, devenir le bouc-émissaire", écrit-il. "Un arabe dans un pays qui compte près de vingt pour cent d’électeurs fascisant, quelle aubaine!", précise-t-il entre parenthèses.

On retrouve déjà dans cette lettre certains ingrédients évoqués par le procureur de la République de Paris, François Molins, le soir de l'arrestation, comme la théorie du complot fasciste. Un thème qui apparaît dans une autre lettre récente, trouvée par les enquêteurs.

"Abdelhakim Dekhar est coupable"

Abdelhakim Dekhar revient également sur la fusillade, place de la Nation, en 1994. C'est à l'issue de cette fusillade meurtrière, à laquelle il n'a pas directement participé, qu'il a été arrêté. Il écrit: "Je souffrirais face à ces juges déchaînés (…) portés par l’hystérie médiatique, par des syndicats de policiers et une opinion publique chauffée à blanc, incapable de discernement et hurlant vengeance".

"Evidemment, l'erreur judiciaire n'est voulue par personne, ajoute-t-il. Le policier qui renforce les preuves, et élimine ce qui le dérange, est convaincu d'avoir raison: Abdelhakim Dekhar est coupable, et tout ce qui l'accable sert la vérité. Le juge qui tient l'inculpé pour coupable, qui n'aperçoit aucune des imperfections de l'enquête, qui est seulement pressé que Dekhar soit envoyé aux Assises, ce juge croit servir la vérité."

M. R. avec Pauline Revenaz