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INFO BFMTV - Dekhar arrêté: une "assez longue" lettre "délirante" retrouvée

Abdelhakim Dekhar a le même ADN que celui retrouvé sur les lieux des drames.

Abdelhakim Dekhar a le même ADN que celui retrouvé sur les lieux des drames. - -

Les enquêteurs ont mis la main sur un courrier d'Abdelhakim Dekhar, dans lequel il évoque de manière "confuse" et "délirante" la situation actuelle dans le monde arabe.

Une "assez longue" lettre "délirante" du tireur présumé, arrêté mercredi soir, a été retrouvée par les enquêteurs. Elle est bien écrite de la main d'Abdelhakim Dekhar, âgé aujourd'hui de 49 ans. La lettre, remise à son hébergeur, intéresse particulièrement la police. Selon nos informations, il évoque dans ce texte la Libye, la Syrie, et plus généralement la situation actuelle dans le monde arabe. Mais pas que. Le procureur de la République, François Molins, en a dévoilé une partie, ce jeudi.

"Il accuse les médias de participer à la manipulation des masses, les journalistes étant payés pour faire avaler aux citoyens le mensonge à la petite cuillère", a-t-il cité.

Abdelhakim Dekhar fustige également le capitalisme et la gestion des banlieues, véritable entreprise de déshumanisation selon lui. Sorti de prison en 1998 après quatre ans de détention pour avoir été impliqué dans l'affaire Rey-Maupin, Abdelhakim Dekhar, qui fréquentait alors la mouvance anarchiste, avait disparu des radars de la police depuis cette époque.

On sait désormais par son avocate qui l'avait défendu en 1994, Me Emmanuelle Hauser-Phelizon, qu'il vivait ces derniers temps en Angleterre, et qu'il était rentré depuis peu en France. Elle avait perdu tout contact avec lui, mais un journaliste britannique lui avait indiqué avoir été contacté par Dekhar à plusieurs reprises, sans suite.

Florence Rey avait déjà "un discours délirant"

La lettre vient compléter un portrait trouble dressé par les gens qui l'ont connu. "C'était un personnage vraiment étrange, qui se faisait passer pour un agent du consulat d'Algérie, victime de complot", se souvient Patricia Tourancheau, journaliste à Libération.

En 1994, au lendemain des faits, elle avait raconté l'histoire de Florence Rey, Aubry Maupin, et derrière eux, d'Abdelhakim Dekhar. Coïncidence, elle y racontait que les enquêteurs avaient retrouvé chez les parents de Florence "un texte d'inspiration anarchiste, selon la brigade criminelle. Mais plutôt délirant, sans rapport avec la phraséologie des groupes habituels comme Action directe."

"Intrigant et machiavélique"

Me Hauser-Phelizon, son avocate de 1994, est plus nuancée. "Je me souviens de quelqu'un d'intelligent, qui avait une grande part d'ombre, et toute cette intelligence était utilisée pour garder ce côté sombre. Pour moi, ça n'a jamais été un mythomane. C'est quelqu'un qui me disait très franchement "-Je ne vous fais pas confiance". Je lui répondais "-Moi non plus".

A l'époque, il était connu dans les milieux autonomes sous le nom de Toumi. L'écrivain Frédéric Couderc, qui a signé un livre sur l'affaire Rey, décrit "un personnage assez intrigant et machiavélique, rejeté par la plupart des trentenaires gauchistes. Il y avait chez lui une logique de longue marginalisation." Un fait qui explique sans doute qu'il ait échappé à tout suivi après sa sortie de prison.

A. G. avec Dominique Rizet