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"Hors-la-loi", ils donnent 116 jours de RTT à une collègue dont la fille est malade

Andrée Sasse (deuxième en partant de la droite) va désormais pouvoir s'occuper de sa fille, Audrey, 31 ans, atteinte d'un cancer, grâce à un généreux don de RTT de la part de ses collègues.

Andrée Sasse (deuxième en partant de la droite) va désormais pouvoir s'occuper de sa fille, Audrey, 31 ans, atteinte d'un cancer, grâce à un généreux don de RTT de la part de ses collègues. - Entreprise Gibaud

Grâce à ses collègues, Andrée Sasse dispose désormais de 116 jours de RTT pour s'occuper de sa fille Audrey, 31 ans, gravement malade, et elle même maman d'une petite fille. Un geste de solidarité qui n'est pourtant pas autorisé par la loi Mathys, encadrant les dons de jours de repos.

C’est un acte de générosité qui a eu tendance à se démocratiser depuis plusieurs années. Au point même que l’Etat a décidé de légiférer dessus l’an passé: le don de RTT au sein d’une même entreprise pour venir en aide à un collègue dont l’enfant est grandement malade. Si la pratique, traduite dans la "loi Mathys" a été définitivement validée par le Parlement en mai 2014, elle n’est légalement autorisée que pour certains cas bien précis. Et c’est justement ce qui pose problème, aujourd’hui, à la société Gibaud, basée à Saint-Etienne dans la Loire.

Une démarche... illégale

Dans cette entreprise, 116 des 228 employés ont chacun offert à Andrée Sasse, 58 ans, une journée de RTT. L’objectif? Dégager du temps libre pour cette mécanicienne, employée depuis 39 ans dans cet atelier de confection, afin qu’elle puisse s’occuper de sa fille Audrey, 31 ans, atteinte d’un cancer, et elle-même maman d’une fillette de 4 ans.

Un geste aussi surprenant qu'émouvant, pour les deux générations de la famille Sasse, rencontrées par France 3 Rhône-Alpes.

Derrière cette belle histoire, se cache pourtant un "mais": la démarche des employés de Gibaud est en réalité… illégale. La loi Mathys n°2014-459, promulguée le 9 mai 2014, encadre et autorise en effet le don "anonyme et sans contrepartie" de jours de repos à un autre salarié de l’entreprise "ayant la charge d’un enfant âgé de moins de vingt ans". Audrey Sasse étant âgée de 31 ans, la dite loi ne s’applique donc pas.

Des employés vent debout contre une "aberration"

Nonobstant, la firme stéphanoise a décidé d’outrepasser le droit et d’appliquer tout de même le texte. "Chaque employé a été mis au courant de la règle, a et signé une attestation en ce sens", assure à ce titre Alison Baudouin, chargée de la communication de Gibaud. Si Andrée Sasse a désormais cinq mois devant elle pour prendre soin de sa famille, l’entreprise "hors-la-loi" veut aller plus loin. Qualifiant "d’aberration" la limite d’âge incluse dans la loi Mathys, elle souhaite aujourd’hui diffuser son exemple pour faire évoluer la législation en cours.

Pour rappel, la loi 2014-459 a été nommée ainsi en souvenir du petit Mathys, 11 ans, décédé en décembre 2009 d’un cancer. Son père Christophe Germain, salarié de Badoit, avait à l’époque pu bénéficier d’un don de 170 jours de RTT pour pouvoir rester au chevet de son enfant, hospitalisé à domicile, jusqu’au décès de ce dernier.

https://twitter.com/jmaccaud Jérémy Maccaud Chef d'édition BFMTV