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Home-jacking: quand des familles se font séquestrer par des cambrioleurs

Les belles demeures isolées peuvent être la cible de malfaiteurs (photo d'illustration)

Les belles demeures isolées peuvent être la cible de malfaiteurs (photo d'illustration) - -

Deux familles, dans deux régions différentes, ont récemment subi un calvaire similaire: elles ont été séquestrées puis cambriolées en pleine nuit. Récit.

Deux histoires récentes et similaires n'ont pas fait la une des médias. Elles témoignent pourtant d'un phénomène tragique et traumatisant qui se multiplie ces dernières années: le home-jacking, autrement dit la séquestration à domicile d'une famille, suivie d'un cambriolage avec violences.

Retour sur les faits. Dimanche dernier, sur les coups de 21 heures trente, plusieurs individus, le visage masqué, pénètrent dans un pavillon isolé sur un chemin, au nord d'Aix-en-Provence. A l'intérieur, un couple et son enfant, âgé de 7 ans. Sous la menace d'une arme, les malfaiteurs ligotent la femme et son fils, et passent à tabac le père de famille, représentant en matériel médical de pointe, pour lui faire avouer une potentielle cache d'objets de valeur. Après s'être emparés de bijoux, les hommes prennent la fuite à bord des deux voitures du couple, une berline et une citadine. Quand les policiers arrivent sur place, une demi-heure après le début des faits, les malfaiteurs sont déjà partis.

La même nuit, dans le Val-d'Oise, une famille subit un calvaire similaire, vers 4 heures du matin. Cinq individus, le visage encagoulé, brisent une fenêtre et s'introduisent dans le pavillon familial. La mère, la grand-mère et le fils, âgé de 12 ans, sont ligotés au moyen de ceintures à l'étage, tandis que le père de famille, lui, est roué de coups. Les hommes repartent avec plusieurs milliers d'euros en liquide, des bijoux, et des téléphones portables. Ils prendront la fuite avant l'arrivée des secours.

La famille, dernière faille des demeures sécurisées?

Des événements extrêmement traumatisants, car comme le rappelle à BFMTV.com Christophe Crépin, délégué syndical Unsa Police, "le domicile, comme la voiture, sont des lieux où l'on se sent protégé. L'impact sur les victimes est terrible, même avec un suivi psychologique". Les victimes sont généralement des familles "dont on pense qu'ils ont de l'argent; des industriels, des commerçants", explique Nicolas Comte, secrétaire général adjoint d'Unité SGP Police, joint par BFMTV.com.

Selon lui, ce phénomène "est apparu avec la sophistication des systèmes de défense des maisons ou des belles voitures: il est plus facile de voler une berline quand son propriétaire descend du véhicule pour ouvrir la porte de son garage, que de s'y attaquer en pleine rue quand elle est vide mais verrouillée. De même pour les maisons: lorsque la famille se trouve à l'intérieur, les systèmes d'alarme sont généralement plus faibles que lorsqu'elle est à l'extérieur."

Le cambriolage d'antan devenu parfois trop complexe quand il s'agit de belles demeures, les malfaiteurs s'en prendraient désormais parfois à la seule faille: les hommes eux-mêmes. "D'autre part, la pression psychologique exercée sur la famille séquestrée permet aux malfaiteurs de faire main basse sur des objets qui seraient inaccessibles lors d'un cambriolage "classique", mis à l'abri dans un coffre-fort par exemple", ajoute Nicolas Comte.

Une volonté de rechercher les criminels

Un phénomène dont on parle encore peu dans les médias, mais auquel les policiers s'intéressent de près. "Manuel Valls veut que les brigades anti-criminalité intensifient la lutte contre les auteurs de crimes et de délits, et ne fassent pas uniquement que du contrôle d'identité. Il y a une volonté de rechercher les auteurs, et de faire du flagrant délit", explique Christophe Crépin.

Or, si les home-jacking viennent à se multiplier, un fait divers comme ce qui s'est passé à Nice, lorsqu'un bijoutier a abattu un braqueur, pourrait arriver de nouveau, selon les syndicalistes. Pour Nicolas Comte, "les gens auront plus tendance à renforcer les systèmes de sécurité de leurs maisons plutôt que de s'équiper en armes. Mais ce n'est pas à exclure."

Alexandra Gonzalez