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Existe-t-il un "racisme corse"?

Après les événements de ces derniers jours à Ajaccio, où une salle de prière musulmane a été saccagée, existe-t-il un racisme particulièrement prégnant en Corse? "Non", selon la sociologue Marie Peretti-Ndiaye, auteur d'un essai sur "Le racisme en Corse". Pour elle, la situation sur l'île est à l'image du reste de la société française.

Après le saccage d'une salle de prière et plusieurs jours de manifestations à Ajaccio, certaines aux cris de "On est chez nous" ou "Arabes dehors", des voix se sont élevées pour condamner un racisme spécifique à la Corse. Pourtant, selon la sociologue Marie Peretti-Ndiaye, auteure de Le racisme en Corse (éditions Albiana), l'île n'observe pas un rejet de l'autre plus fort qu'ailleurs.

Une minorité, comme ailleurs en France

S'il y a des faits de racisme en Corse, à l'image du saccage de la salle de prière musulmane vendredi dernier, ils ne sont pas plus récurrents qu'en métropole, a précisé Marie Peretti-Ndiaye sur le plateau de BFMTV. "Ce qu’il s’est passé en Corse a malheureusement pu être observé ailleurs, a-t-elle ainsi rappelé. Ce n’est bien évidemment pas un phénomène corse, mais qu’on peut malheureusement observer aujourd'hui dans plusieurs régions en France."

Les autorités corses ont d'ailleurs rapidement tenu à faire cette mise au point. Le président nationaliste de l'Assemblée corse, Jean-Guy Talamoni, a ainsi condamné les incidents sur RMC et BFMTV, et argué que "ceux qui se livrent à la profanation d'un lieu de culte ne peuvent pas se revendiquer de la culture corse, il s'agit seulement d'une minorité qui doit être mise au ban de notre société".

Un racisme qui occulte les inégalités

Comme partout ailleurs en France, il faut examiner la réalité sociale de la Corse pour comprendre d'où vient le racisme. "Il y a en Corse environ 10% de population étrangère, pour 320.000 habitants, rappelle Marie Peretti-Ndiaye. Donc on est sur des proportions proches de l’Île-de-France, par exemple." Des étrangers surtout cantonnés à des emplois subalternes, notamment dans la construction, l'agriculture ou le tourisme, alors que "77% des ouvriers et employés en Corse sont des étrangers."

Or, la sociologue rappelait déjà en juin dans une interview à L'Obs que "le racisme répond à une fonction sociale qui permet d'occulter les inégalités. Il est plus facile de voir un Arabe que de voir un pauvre." Interrogée sur le plateau de BFMTV sur l'exemple des migrants, elle a par ailleurs expliqué que "la société corse est clivée sur la question de l’accueil des étrangers, à l’image de ce qu’on peut observer ailleurs."

Le nationalisme pas en cause

Même si certains manifestants scandaient ce week-end "On est chez nous", il ne faut pas non plus penser que le nationalisme corse est porteur d'une idéologie raciste spécifique. "Les personnes et les partis qui incarnent les mouvements nationalistes vont de l'extrême droite à l'extrême gauche, expliquait ainsi Marie Peretti-Ndiaye dans L'Obs. De grandes figures du nationalisme ont été parmi les plus engagées dans la lutte contre le racisme."

Jean-Guy Talamoni a également rappelé que sur l'île, "le Front national a fait beaucoup moins de voix qu'ailleurs", et parlé d'un "problème qui est en train d'être introduit en Corse". Une opinion que partage Marie Peretti-Ndiaye, pour qui il faut surtout envisager que les événements de ces derniers jours ont "un caractère réactionnel, en lien avec l’actualité internationale, nationale et locale."

Hélène Millard