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Ex-Femen condamnée: "On a jugé l'exhibition et pas l'acte politique"

L'ex-militante des Femen, Eloïse Bouton, a été condamnée à un mois de prison avec sursis mercredi 17 décembre, par le tribunal correctionnel de Paris.

L'ex-militante des Femen, Eloïse Bouton, a été condamnée à un mois de prison avec sursis mercredi 17 décembre, par le tribunal correctionnel de Paris. - Kenzo Tribouillard - AFP

Eloïse Bouton, une ex-membre des Femen, a été condamnée mercredi à un mois de prison avec sursis et 3.500 euros d'amende pour exhibition sexuelle lors d'une action dans l'église de la Madeleine, à Paris. Elle confie sa colère.

Elle a quitté les rangs des Femen depuis plusieurs mois, mais c'est pour une action conduite pour ce mouvement qu'Eloïse Bouton, 31 ans, s'est retrouvée devant la justice. Elle a été condamnée mercredi à un mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour une action seins nus dans l'église de la Madeleine, à Paris.

Condamnée en outre à verser 2.000 euros de dommages et intérêts et 1.500 euros pour les frais de justice au curé de la Madeleine, la jeune femme a annoncé qu'elle ferait appel de la décision.

"Je trouve la peine très lourde. Les Femen n'avaient jamais été condamnées par le passé uniquement pour exhibition sexuelle, quel que soit le pays, même en Ukraine ou en Turquie", s'indigne la jeune femme, contactée par BFMTV.com. "C'est très inquiétant pour la liberté d'expression et le militantisme".

"Ce n'était pas de l'exhibition"

Mais ce qui semble le plus choquer la jeune femme est le fait que la dimension "militante et politique" de son acte n'ait pas été "perçue" par la justice, qui l'a condamnée uniquement pour exhibition sexuelle.

"J'ai utilisé mon corps pour faire passer un message et dénoncer la loi sur l'avortement en Espagne. Mais on m'a jugé au même titre qu'une femme qui aurait perdu la raison et levé son tee-shirt dans une église. Le torse des femmes n'est pas considéré comme celui des hommes. Les Homen (mouvement issu de la Manif pour tous, où les militants sont torse nu, ndlr) n'ont jamais été poursuivis pour exhibition sexuelle, eux. On les condamne pour trouble à l'ordre public mais jamais pour exhibition", regrette la jeune femme.

Foie de veau et poitrine taguée

Le parquet avait requis trois à quatre mois de prison avec sursis et 1.500 euros d'amende. Le 20 décembre 2013 au matin, la jeune femme s'était dirigée, torse nu, vers l'autel de l'église face à une dizaine de personnes présentes alors qu'une chorale répétait dans l'édifice.

Elle portait sur le dos l'inscription "Christmas is cancelled" (Noël est annulé) et sur le ventre "344e salope", en référence au manifeste de 343 femmes appelant à la dépénalisation de l'avortement et à la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse en 1971. Elle avait ensuite déposé des morceaux de foie de veau censés représenter l'avortement de l'enfant Jésus. Cette action visait à dénoncer les prises de position de l'Église dans le débat sur le droit à l'avortement, alors que des restrictions étaient envisagées alors en Espagne.

Avant elle, une autre Femen condamnée

C'est la deuxième fois en France qu'une Femen est condamnée pour exhibition sexuelle. La matin même de la comparution d'Eloïse Bouton, le 15 octobre, une militante ukrainienne qui avait attaqué la statue de cire du président russe Vladimir Poutine au musée Grévin a été condamnée par une autre chambre du tribunal à 1.500 euros d'amende pour exhibition sexuelle et dégradation.

L'avocat d'Eloïse Bouton, Me Michaël Ghnassia, s'est étonné de cette différence de peine, sa cliente ayant été condamnée à de la prison avec sursis et une amende plus forte. "Surtout, elle avait été condamnée pour exhibition mais aussi pour dégradation, donc on ne peut pas savoir ce qui a pesé dans la balance", estime Eloïse Bouton.

Me Laurent Delvolvé, avocat du curé de la Madeleine, a quant à lui estimé que cette décision vient rappeler "le respect dû en toutes circonstances à tous les lieux de culte, et notamment aux lieux de culte catholique. Le tribunal vient rappeler qu'on ne peut pas faire n'importe quoi au sein d'un édifice religieux sans risquer de se faire condamner pénalement", a-t-il ajouté. "Le diocèse de Paris considère que c'est une juste reconnaissance de l'atteinte qui a été portée à l'affectation cultuelle, au libre exercice du culte et à la liberté religieuse", a-t-il conclu.

Alexandra Gonzalez avec A. S.