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Entre délinquance, jihadisme et cavale: qui est Peter Chérif, jihadiste français lié aux frères Kouachi?

Peter Chérif a rejoint l'Irak en 2004.

Peter Chérif a rejoint l'Irak en 2004. - BFMTV

Peter Chérif a été arrêté à Djibouti dimanche dernier. Le jihadiste français était l'un des terroristes les plus recherchés au monde. Lié aux frères Kouachi et soupçonné d'être impliqué dans la planification de la tuerie de Charlie Hebdo en janvier 2015. Retour sur le parcours d'un homme en perdition depuis l'adolescence.

C'est la cavale de l'un des terroristes les plus recherchés au monde qui s'est achevée dimanche. Le jihadiste français Peter Chérif a été arrêté à Djibouti. Celui qui s'était fait connaître par ses comparses d'Al Qaïda sous le nom d'Abou Hamza est à présent en garde à vue, en attendant d'être remis aux autorités françaises entre les doigts desquelles il a filé en janvier 2011, avant la sentence de son procès pour participation à une filière de recrutement jihadiste.

Mais justice et enquêteurs devront surtout dissiper une zone d'ombre: lié comme il était aux frères Kouachi, rejeton, comme eux, de la filière des Buttes-Chaumont et des prêches de Farid Benyettou, a-t-il quelque chose à voir avec le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015? 

Origine et accélération 

En amont de cette trajectoire de jihadiste forcené, on trouve un individu né, il y a maintenant 36 ans, d'une mère venue de Tunisie et d'un père antillais et catholique, selon les informations de l'organisation Counter Extremism Project. Ce dernier meurt lorsque Peter Chérif a 14 ans. Les troubles commencent pour l'adolescent. Sur notre antenne, l'ancien juge antiterroriste, Jean-Louis Bruguière a rappelé: "Il a un profil de délinquant très chevronné: vol avec armes, stupéfiant etc." Il ne se convertit à l'islam qu'en 2003 au terme de ces activités jusque là fort éloignées de la religion, et fréquente le prédicateur radical Farid Benyettou, toujours selon l'organisation Counter Extremism Project

Les choses s'accélèrent alors. Il rejoint le jihad (et Al Qaïda) en 2004 peu après l'invasion américaine de l'Irak. 

"Au début des années 2000, lors de l'insurrection en Irak après l'invasion américaine, des jeunes issus des Buttes-Chaumont vont se rendre là-bas sous l'impulsion d'un premier jihadiste qui s'appelle Boubaker El Hakim. Peter Chérif, lui, va être le deuxième ou le troisième à le rejoindre", a noté sur nos ondes le journaliste de Mediapart, Matthieu Suc.

Au Yémen 

Sur place cependant, il est pris à Falloujah. Sa captivité ne dure qu'un temps: il profite d'une attaque d'insurgés sur la prison qui l'enferme pour s'évader en 2007. En 2008, il se rend cependant à la France. Fin de partie? Toujours pas, puisqu'il ne verra jamais le terme de son procès et quitte donc la France en janvier 2011, au dernier jour de l'audience.

Il rallie le Yémen, et plus précisément, intègre Al Qaïda dans la péninsule arabique. C'est lui qui y fait venir Saïd Kouachi. Il s'agit là d'un des éléments qui laissent planer le doute:

"Il pourrait être un des hommes impliqués dans la planification et l'ordre donné aux frères Kouachi de perpétrer le massacre de Charlie Hebdo", a détaillé auprès de notre chaîne, Matthieu Suc. 

Les enquêteurs auront aussi à se faire une idée sur ses liens éventuels avec Amedy Coulibaly, le tueur de l'Hyper Cacher. Selon nos informations cependant, Peter Chérif n'est pas visé par un mandat d'arrêt dans le dossier des attentats de janvier 2015. Le parquet de Paris précise toutefois suivre avec attention l'évolution de la situation. 

Robin Verner