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Drones au dessus de Paris: la menace est-elle sérieuse?

De nouveaux survols de drones ont été observés à Paris dans la nuit de mardi à mercredi.

De nouveaux survols de drones ont été observés à Paris dans la nuit de mardi à mercredi. - Guillaume Baptiste - AFP

Après ceux révélés hier, des survols de drones ont de nouveau eu lieu cette nuit au-dessus de Paris. Est-on face à une action coordonnée ? Faut-il s’en inquiéter ? Eléments de réponse.

La scène se répète... Des drones ont été aperçus cette nuit survolant Paris, moins de 24 heures après les vols observés dans la nuit de lundi à mardi au-dessus de sites sensibles de la capitale. Le point sur ce que l’on sait de ces deux séquences.

> Que s’est-il passé?

Une première séquence de survols a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi. Mardi matin, on apprenait que cinq drones avaient été aperçus survolant des sites sensibles de Paris: aux abords de l'ambassade des Etats-Unis, de la Tour Eiffel, des Invalides, des places de la Bastille, et de la Concorde, mobilisant les services de police qui n'ont pas encore pu mettre la main sur leurs pilotes. Mais il y a désormais “des doutes” sur ces survols, indique Cécile Ollivier, spécialiste police justice à BFMTV. “Un drone a bien été repéré au dessus de l’ambassade des Etats-Unis en première partie de nuit. En revanche, il y a un doute sur la deuxième vague, en deuxième partie de nuit parce que maintenant que le travail de recoupement de témoignages a commencé, il s’avère que certains “drones” observés étaient tout simplement des avions de ligne”, explique-t-elle.

Une deuxième séquence de survols a eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi. De nouveau, cinq drones ont été aperçus volant au dessus de Paris, dans les secteurs de la Concorde, de la porte de Clignancourt, de la porte de Saint-Ouen, et d'Issy-les-Moulineaux. Cette fois, aucun secteur sensible n’a été survolé. Et des témoins et un fonctionnaire de police ont pu filmer la scène, et ces éléments ont été transmis à la gendarmerie des transports aériens, chargée de l’enquête (même si selon nos informations, on n’aperçoit que des points lumineux sur les images). Cependant, comme hier, l’identité des pilotes des appareils n’a pas encore pu être établie.

> Est-ce la première fois que des drones sont aperçus à Paris?

Non. Cela “arrive “de temps en temps", selon une source policière à l’AFP, mais jamais autant n'avaient été vus en une seule nuit. Le 20 janvier, le survol de l’Elysée par un drone “pendant quelques secondes” avait filtré dans les médias, posant une nouvelle fois la question de la menace que pourraient représenter les drones, après ceux survenus au-dessus de centrales nucléaires. En ce moment, les repérages de ces survols sont facilités par la présence de nombreuses forces de l'ordre dans la capitale, mobilisées pour le plan Vigipirate mis en place depuis les attentats de Paris. "Beaucoup de sites sensibles sont protégés et comme dorénavant on demande aussi aux forces de l'ordre d'avoir un oeil plus attentif dans les airs, les drones sont vite repérés", souligne une source policière auprès de l’AFP.

> S’agit-il d’une action coordonnée ?

“Certainement”, estime Christophe Naudin, criminologue spécialiste en sûreté aérienne, interrogé sur RTL mercredi. “Elle est non seulement coordonnée, elle est financée parce que ça coûte quand même quelque chose, et elle est extrêmement bien préparée parce qu’il n’y a pas de traces pour l’instant, on n’arrive pas à repérer les télépilotes ou les personnes qui ont opéré ces drones, ni même voir s’ils ont utilisé leur téléphone personnel pour communiquer entre eux”, détaille le spécialiste.

> Qui est derrière les survols des deux dernières nuits?

Mystère. Aucune organisation n'a pour l'instant revendiqué une quelconque action. Une enquête de flagrance a été ouverte par le parquet de Paris pour "vol par aéronef en zone interdite". Selon une source proche du dossier à l’AFP, "pour l'instant l'enquête avance, mais il n'y a pas d'avancées notables".

Pour Christophe Naudin, il s’agit “nécessairement d’une organisation qui a des sous” pour acheter des appareils sophistiqués. Selon lui, les auteurs cherchent à “défier la puissance de l’Etat pour démontrer quelque part que le sentiment de sécurité des Français doit être mis à mal et qu’on a à craindre en ce moment sur la sécurité de nos biens et des personnes”. “C’est ce que j’ai qualifié pour l’instant d’’écolo-terrorisme’. Mais je n’ai pas de noms à donner”, ajoute-t-il.

> Repérage, jeu ou effet de mode?

Particuliers souhaitant tester leur nouveau jouet ? Amateurs de photos qui s'amusent à narguer les autorités ? Militants souhaitant dénoncer les problèmes de sécurité que posent les drones ? Ou bien criminels effectuant des repérages... Pour l'instant, le flou persiste sur les motivations des pilotes nocturnes. Mais si là encore, la piste terroriste "même si elle n'est pas totalement écartée, est a priori exclue", les autorités prennent ces survols "au sérieux, car on ne peut négliger aucune thèse", explique une source proche du dossier à l’AFP.

> Faut-il s’inquiéter?

Il n’y "pas d'inquiétude à avoir", a assuré mercredi matin le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, tout en expliquant que le sujet est “pris très au sérieux". Christophe Naudin confirme qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter “pour l’instant”. Selon lui, les drones ne peuvent par exemple “pas” pour l’instant, ou “difficilement” transporter une bombe ou du matériel bactériologique. "La capacité de transport en termes d’explosifs n’est pas suffisante pour créer des dégâts significatifs", affirme l’expert. Tout en nuançant: “Sauf au dessus d’une foule. Et là on était justement dans une zone de haute densité."Aujourd’hui", résume-t-il, "les drones n’ont pas de capacité à vectoriser des menaces réelles sur les gens. Mais dans cinq-six ans, la technologie aura évolué. Et à ce moment là, oui, on pourra craindre qu’il se passe quelque chose."

Violette Robinet avec Cécile Ollivier et AFP