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Décapitation et tentative d’attentat suicide: l’attaque en Isère, "un mode opératoire craint par les autorités"

Entre la décapitation de l'employeur du terroriste présumé et la double tentative d’attentat suicide, l’attaque perpétrée vendredi matin en Isère marque un tournant dans les attentats commis en France. Explications.

La France s’était émue du sort d’Hervé Gourdel, un guide de haute montagne français décapité en Algérie en septembre dernier par des jihadistes se revendiquant du groupe Etat islamique. Ce vendredi matin, la même technique de mise à mort a été utilisée sur le sol français par un terroriste lié à la mouvance salafiste.

La victime est un chef d’entreprise du Rhône de 54 ans. Son corps a été retrouvé sur un site de gaz industriels de Saint-Quentier-Fallavier, en Isère. L'homme était l’employeur du terroriste présumé, Yassin Salhi. Ce dernier a vraisemblablement tenté de commettre un attentat suicide sur le site d'Air Products en fonçant sur des bonbonnes de gaz, provoquant une explosion dont il a réchappé. Il a alors tenté d’amorcer une seconde explosion en essayant d’ouvrir des bouteilles d'acétone, avant d’être arrêté par un pompier.

"Les animaux ne se font pas cela entre eux"

Invité de BFMTV, l’ancien agent de la DGSE Pierre Martinet a indiqué que la décapitation "dans un pays occidental, c’est un symbole plus que fort. C’est plus que de la barbarie. Les animaux ne se font pas cela entre eux (…) C’est la première fois qu’on décapite quelqu’un sur le territoire français au nom du jihad (…) Ils utilisent la décapitation pour marquer les esprits. On a franchi un cap dans l’horreur. Ça laisse penser qu’ils n’ont pas de limite."

Pierre Martinet a rappelé sur BFMTV que le groupe jihadiste belge interpellé en janvier prévoyait également de décapiter des citoyens. "On est passé au stade supérieur", constate l’ancien agent de la DGSE.

Souvent mise en scène par le biais de tournages vidéo, c'est une arme psychologique destinée aux ennemis de l'extérieur et de l'intérieur qui permet de soumettre par la terreur des populations de zones en guerre.

"Un mode opératoire qui se pratique dans des pays en guerre"

Egalement invitée de BFMTV, Anne Giudicelli, la directrice de Terrorisc, un cabinet de conseil sur les risques politico-sécuritaires, a indiqué que "la décapitation fait débat dans la mouvance jihadiste. Est-ce que c’est halal ou pas? Daesh estime que c’est autorisé et même recherché de faire des décapitations."

Puis la directrice de Terrorisc d'indiquer : "Ce mode opératoire, de même que les véhicules piégés et les attentats suicide, se pratique dans des pays en guerre, dans des groupes qui sont enracinés sur place et en conflit avec les autorités locales s’il y en a. La nouveauté, c’est que deux de ces modes opératoires (la décapitation et l'attentat suicide) ont été exportés sur le territoire" français.

"C’était précisément l’une des craintes des autorités. Les services de renseignement s’inquiètent de ce qu’ils appellent ‘cette prochaine étape’ suite aux attentats de janvier. Il y a forcément un cran supérieur" qui a été franchi ce vendredi, a regretté Anne Guidicelli.

"Le terrorisme de proximité"

Le criminologue Alain Bauer a indiqué sur BFMTV que l’Occident doit faire face à un nouveau terrorisme, plus difficile à appréhender. "On est passé de l’hyper-terrorisme d’Al-Qaïda de 2001 au terrorisme du pauvre, de proximité. C’est la guêpe qui attaque le lion. Elle est toute petite, le lion est énorme. Mais la guêpe peut rendre le lion fou."

Selon le criminologue, "on assiste depuis le début de l’année dans tout l’Occident à des opérations menées par des individus isolés mais pas solitaires. Ils font ce qu’on leur dit de faire, où on leur dit de faire, et comme on leur dit de faire."

En somme, "une évolution massive et majeure", avec laquelle la France risque de devoir composer ces prochaines années.

J.M.