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Dammartin: Lilian, le graphiste, s'était caché sous un évier

A Dammartin-en-Goële, le 9 janvier 2015.

A Dammartin-en-Goële, le 9 janvier 2015. - Joël Saget - AFP

On pensait que les frères Kouachi détenaient un otage sous la menace de leurs armes dans l'imprimerie de Dammartin-en-Goële, où ils étaient retranchés ce vendredi. Mais les terroristes se croyaient seuls. L'otage présumé était un salarié, qui est resté caché jusqu'à l'assaut du GIGN.

L'homme que l'on croyait pris en otage dans l'imprimerie de Dammartin-en-Goële, à 50 km au nord-est de Paris, où étaient retranchés les frères Kouachi ce vendredi, n'en était pas un. Le scénario qui se dessine est en réalité plus complexe que ce que l'on pensait vendredi.

“Il était 8 heures environ ce matin" lorsque Chérif et Saïd Kouachi (32 et 34 ans), les auteurs présumés de la tuerie de Charlie Hebdo, arrivent sur place, raconte vendredi Patrick Sauce, l'envoyé spécial de BFMTV à Dammartin-en-Goële. Les terroristes, lourdement armés, entrent dans une imprimerie de cette petite ville de 8.000 habitants, "non pas pour prendre en otage des personnes qui travaillent dans l’entreprise mais tout simplement pour se retrancher", précise-t-il. 

Il reste caché jusqu'à 17h

En début de matinée, le gérant de l'imprimerie aurait tout de même été pris en otage, puis libéré une heure plus tard par les frères Kouachi. Dans l'entrepôt, Lilian, un jeune graphiste de 26 ans, se cache, avec son téléphone portable. Il a transmis toute la journée aux négociateurs des informations essentielles sur les jihadistes, finalement abattus aux alentours de 17 heures par les forces de l'ordre.

Les frères Kouachi "pensent être seuls dans l'entreprise", explique Patrick Sauce. Sans qu'ils le sachent, Lilian sera resté à "quelques mètres" d'eux. Ayant trouvé refuge sous un évier, il reste caché pendant des heures, "absolument terrorisé", selon les termes utilisés par le procureur. Il se trouvait dans la salle de restauration.

Il transmet des informations avec son portable

L'homme parvient à communiquer discrètement avec les enquêteurs au moyen de son téléphone portable, transmettant par texto des informations aux forces de l'ordre, certainement sur l'endroit "où se cachent les frères Kouachi, ce qu'ils font pendant la journée, et donne également la topographie de l'entreprise", indique notre envoyé spécial. Des renseignements d'autant plus précieux que l'homme a "pu entendre les deux suspects parler". Ce contact "a permis de le rassurer et de lui donner la conduite à tenir pour le plan d'assaut", a expliqué une source proche du dossier. Il communique également par texto avec un membre de sa famille

Pensant n'avoir "pas d'otage, pas de monnaie d'échange", Chérif et Saïd Kouachi finissent par sortir du bâtiment en tirant, juste avant 17 heures. Ils seront tués dans leur assaut par les hommes du GIGN. Un membre de cette unité d'élite de la gendarmerie est blessé pendant l'échange de tirs.

Au moment de l'assaut des troupes d'élite, "simultanément à l'ouverture du feu, un véhicule blindé de la gendarmerie permet d'accéder à l'étage pour libérer" l'employé caché "en évitant d'éventuels piégeages" au rez-de-chaussée, selon une source proche. 

Le graphiste de l'imprimerie a été pris en charge par les gendarmes et amené au quartier général. Il a retrouvé sa famille "assez rapidement" après l'assaut, a expliqué une autre source proche du dossier, qui assure que le jeune homme "va bien" mais est "choqué".

V.R. et A. D. avec AFP