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Coronavirus: comment les prisons se préparent à l'arrivée du virus

Des mesures sont prises dans les prisons pour anticiper la propagation du virus.

Des mesures sont prises dans les prisons pour anticiper la propagation du virus. - AFP

L'administration pénitentiaire a transmis deux notes à ses services contenant les mesures à prendre pour anticiper la propagation du coronavirus à un détenu ou un agent, alors qu'aucun cas n'est pour le moment recensé dans les établissements pénitentiaires.

Comme dans tous les lieux accueillants du public, la crainte de voir le coronavirus atteindre les prisons françaises se fait sentir. Alors qu'aucun cas n'a pour le moment été recensé dans un centre pénitentiaire, que ce soit côté détenu ou côté agent, l'administration pénitentiaire a adressé à ses services deux notes pour préciser les mesures à prendre pour limiter les risques de propagation du coronavirus. 

La priorité pour l'administration pénitentiaire est de ne pas faire rentrer le virus dans les prisons. A Fresnes ou Fleury-Mérogis, par exemple, l'accent est mis sur le quartier des nouveaux arrivants. "C'est un lieu déterminant pour la lutte contre le coronavirus", note Didier Kandassamy, secrétaire adjoint de la section FO Pénitentiaire à Fleury-Mérogis. Lors des entretiens d'arrivée, des questions spécifiques sont posées aux nouveaux détenus pour savoir s'ils ont séjourné dans des zones à risques ou s'ils ont été en contact avec des gens qui ont séjourné dans ces zones.

Isolement

Un protocole a, par exemple, été mis en place avec une prise de température à Fresnes pour les nouveaux détenus qui sont intégrés à cet établissement, indique-t-on du côté des syndicats. S'il devait y avoir des suspicions, ces cas seraient isolés et auscultés par un médecin des unités sanitaires. "Actuellement, dans les prisons, les services identifient des quartiers où il sera possible de libérer des cellules", explique Damien Pellen, du Syndicat national des directeurs de prison.

La direction de l'administration pénitentiaire prévoit en effet qu'en cas de suspicion ou de confirmation "les personnes détenues devront être séparées des autres, seules en cellule", selon la note datée du 3 mars que nous nous sommes procurée, précisant qu'il ne s'agit pas de mesures d'"isolement" au sens judiciaire du terme. Ses co-détenus, eux, seraient surveillés.

Appel au bon sens des visiteurs

Pour l'instant, du gel hydro-alcoolique et des masques ont été mis à disposition des personnels, notamment aux greffes et fouilles. Seuls les agents en contact avec des cas confirmés ont l'autorisation de porter ces masques. Des mesures sont prises aussi pour renforcer l'entretien et le nettoyage au sein de l'établissement.

En cas de cas confirmés, les parloirs seront suspendus pour les malades, comme les sorties en extérieur en cas de convocation ou transfert limitées au maximum, les soins en cellule privilégiés, et les locaux dans lesquels se sont rendus ces détenus mis en quarantaine seront nettoyés et désinfectés. Côté visiteurs, l'administration pénitentiaire demande à ses services de leur adresser une note pour les inviter à ne pas venir aux parloirs s'ils ont voyagé ou séjourné dans les zones à risque. Et appelle au bon sens des familles de détenus.

Problème de la promiscuité

Les directions des prisons sont déjà confrontées à des problématiques de santé. "On a déjà l'expérience du H1N1, nous avons déjà eu à mettre en place un plan rappel d'agent, si des personnels devaient être contaminés, précise un directeur de prison. Pour les détenus, on les isolera comme on isole un détenu qui a la gale ou la tuberculose."

Reste que les personnels sont inquiets, notamment concernant les stocks de masques. "Les problèmes en prison, c'est la promiscuité, note Samuel Dehondt, référent sur les questions de gestion des épidémie au sein du syndicat FO Pénitentiaire. Quand on libère des cellules, les détenus sont déplacés ailleurs. On va tripler les cellules avec des risques de créer encore plus de promiscuité."

Justine Chevalier