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Comment BFMTV a pu s'entretenir avec les terroristes

BFMTV a été en contact vendredi avec Amedy Coulibaly et Chérif Kouachi.

BFMTV a été en contact vendredi avec Amedy Coulibaly et Chérif Kouachi. - Montage BFMTV

VIDEO - Avant les assauts dans lesquels ils ont été abattus, BFMTV a parlé par téléphone avec Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly vendredi, alors que l’un était retranché à Dammartin-en-Goële et que l’autre était en pleine prise d’otages dans l'Est parisien. Récit de ces prises de contact avec les jihadistes.

Avant leur mort, les terroristes ont parlé à BFMTV. A leur grande surprise, nos équipes ont pu interviewer en direct, vendredi, Chérif Kouachi, l’un des deux auteurs présumés de l’attentat contre Charlie Hebo, retranché avec son frère Saïd dans une entreprise de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne. Et Amedy Coulibaly, pendant sa prise d’otage dans une épicerie casher, porte de Vincennes, dans l'Est parisien. Des échanges que BFMTV a choisi de ne pas dévoiler pendant les deux opérations, pour ne pas en perturber le déroulement. 

Chérif Kouachi "très serein"

Le premier coup de fil est initié par BFMTV vendredi vers 10 heures. Depuis environ une demi-heure, les frères Kouachi, les deux fugitifs les plus recherchés de France, sont dans une imprimerie à Dammartin-en-Goële. Notre journaliste Igor Sahiri tente alors de recueillir des informations en composant le numéro du standard de l’entrepôt. Sans imaginer que l’un des deux jihadistes va décrocher. "Quelqu’un me répond. Je lui demande si tout va bien, si la prise d’otage est avérée, il me répond 'oui', qu’il attend la police", explique Igor Sahiri. "Je lui demande qui il est, en m’attendant à ce qu’il me dise qu’il est le directeur de cette imprimerie. Et là, il me dit que c’est Chérif Kouachi", raconte-t-il, encore stupéfait.

Pendant la conversation, le plus jeune des deux suspects de la tuerie de Charlie Hebdo semble "très serein, très calme, avec une confiance dans sa voix qui apparaît en plus assez enfantine, assez gamine", rapporte Igor Sahiri. A l’aise, Chérif Kouachi le tutoie rapidement. L’homme de 32 ans sait qu’il parle à un journaliste. Il revendique avec son frère l’attentat contre le journal satirique.

"On est les défenseurs du prophète", lance-t-il avant de dire qu’il a été "envoyé par Al-Qaida du Yémen".

Amedy Coulibaly "répond du tac au tac"

Le second entretien téléphonique a lieu vers 15 heures à l’initiative d’un homme se présentant comme Amedy Coulibaly, au beau milieu de la prise d’otages porte de Vincennnes. Depuis le magasin Hyper Cacher où il retient plusieurs personnes, il joint notre chaîne. C’est Alexis Delahousse, directeur adjoint de la rédaction de BFMTV, qui pend l’appel.

"Il appelle pour dire 'Il faut que vous donniez mon numéro de téléphone à la police'. Donc les questions qu’on peut lui poser c’est rapidement, en plus. Il a un ton empressé, et en même temps, il répond du tac au tac", relate Alexis Delahousse.

"Aux questions 'Combien vous êtes?', il répond. 'A quelle organisation vous appartenez?', il répond. 'Est-ce que vous êtes allé en Syrie?', il répond", observe-t-il. Durant l’échange, l’homme explique froidement avoir tué quatre personnes et être entouré de 16 autres otages dans la supérette dont un enfant. Il dit connaître les auteurs de l’attaque contre le journal satirique. "On s’est juste synchronisés pour le départ. Quand ils ont commencé Charlie Hebdo, moi j’ai commencé les policiers", dit-il à Alexis Delahousse.

Mais, au contraire de Chérif Kouachi, lui se revendique de l’Etat islamique. Et affirme ne pas être allé en Syrie "pour ne pas compromettre ses plans".

Violette Robinet