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Chronique d'une mort annoncée à Aulnay-sous-Bois

Manifestation d'employés du groupe PSA Peugeot Citroën devant le site d'Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. A l'annonce jeudi de l'arrêt en 2014 de la production du site, qui emploie environ 3.000 salariés, les ouvriers présents ont spontanément cessé

Manifestation d'employés du groupe PSA Peugeot Citroën devant le site d'Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. A l'annonce jeudi de l'arrêt en 2014 de la production du site, qui emploie environ 3.000 salariés, les ouvriers présents ont spontanément cessé - -

par Gérard Bon AULNAY-SOUS-BOIS, Seine-Saint-Denis (Reuters) - A l'annonce jeudi de l'arrêt de la production du site Peugeot Citroën...

par Gérard Bon

AULNAY-SOUS-BOIS, Seine-Saint-Denis (Reuters) - A l'annonce jeudi de l'arrêt de la production du site Peugeot Citroën d'Aulnay-sous-Bois en 2014, les salariés ont spontanément cessé le travail.

"On nous donnait trente minutes pour digérer un KO, on a préféré tout arrêter", a résumé l'un d'eux.

Des cadres s'étaient chargés vers 08h30 d'informer les 1.500 ouvriers présents, sur environ 3.000, en leur laissant le temps de prévenir leur famille.

Mais la plupart ont préféré "poser la matériel" et l'usine est restée à l'arrêt pendant toute la matinée.

Une centaine de salariés sont ensuite sortis de l'usine en tenue de travail grise pour exprimer leur "colère" et leur "rage" envers le groupe PSA, qu'ils qualifient désormais de "patron voyou".

"Aujourd'hui, j'ai vu des femmes pleurer quand ils ont annoncé la mauvaise nouvelle", raconte Ali Kherchaoui, syndicaliste de la CGT, convaincu que l'arrêt de la production signifie bien la fermeture du site.

Jusqu'au bout, les "héritiers de Citroën", selon leur expression, ont refusé de croire à l'abandon d'un site qu'ils jugent idéalement placé et performant.

L'usine a été en effet créée par Citroën en 1973 à proximité des autoroutes A1, A3 et A104, ainsi que des aéroports de Roissy-Charles de Gaulle et du Bourget, sur un vaste parc de 168,5 hectares, dont seulement un quart voué à la production.

"TOUT ÇA, C'ÉTAIT PLANIFIÉ"

Dans l'entrée numéro 1, Lionel Champenois, 41 ans, employé depuis quinze ans, évoque lui aussi des gens en pleurs. "On ne peut pas laisser les gens à l'abandon".

Plus loin, d'autres salariés soupçonnent le groupe d'avoir cédé aux sirènes de la spéculation foncière, éventuellement en liaison avec le projet de Grand Paris.

"C'est une usine très rentable, mais le terrain vaut de l'or", dit un syndicaliste sous le sceau de l'anonymat.

La direction de PSA a dit qu'elle n'entendait pas céder le terrain, mais il en faut plus pour apaiser les craintes du maire socialiste de la commune.

"Je ne sais pas comment nous allons faire face", se désole Gérard Segura, accouru sur les lieux et qui dénonce la "chronique d'une mort annoncée", même si les choses "ont été cachées", selon lui, pendant la campagne présidentielle.

L'élu estime que les terrains non utilisés par PSA "auraient pu servir à des usines apportant des emplois" à la commune. "Mais le fait que PSA arrête sa production empêche d'attirer des investisseurs", se désole-t-il.

Comme les syndicalistes, Gérard Segura doute du sérieux des pistes de reconversion évoquées par la direction.

La suppression de 3.000 emplois touchera environ 400 familles à Aulnay-sous-Bois et à peu près autant dans les communes voisines de Sevran et de Villepinte.

En cinq ans, les effectifs du site d'Aulnay-sous-Bois sont passés de 7.000 à 3.000 salariés. "Tout ça, c'était planifié depuis 2007", estime Ali Kherchaoui.

"ON VA LUI FAIRE LA GUERRE"

Au fil de la matinée, la colère des salariés devient palpable. Vers 14h00, plusieurs centaines se massent devant les grilles de l'entrée numéro 3 pour une manifestation à l'appel d'une intersyndicale.

"Non à la fermeture d'Aulnay", proclame une grande banderole. "De l'argent il y en a dans les caisses de PSA, aucune usine ne doit fermer", scandent des manifestants.

"Varin nous a déclaré la guerre, on va lui faire la guerre. On va vendre notre peau le plus cher possible", dit Jean-Pierre Mercier, délégué CGT de l'usine, à propos du président du directoire de PSA Peugeot Citroën, Philippe Varin.

Il affirme que les salariés vont "monter en puissance" à partir du mois de septembre après avoir établi au préalable un plan de bataille.

Des syndicats veulent s'adresser à tous les salariés victimes de plans sociaux en France, par exemple ceux d'Air France sur le site proche de Roissy, et n'excluent pas une manifestation nationale.

"Au mois de septembre, il y aura une vraie guerre, on va faire un comité de lutte", dit Kamel Yousfi, 40 ans, dont toute la famille d'origine marocaine travaille ou a travaillé à Aulnay-sous-Bois.

Il se dit convaincu que les salariés des autres sites de PSA vont se mobiliser, à Sochaux, Poissy ou Mulhouse, pour faire reculer le groupe. "On peut fermer le robinet, faire en sorte qu'il n'y ait de production nulle part", veut-il croire.

Les ex-Citroën sont bientôt rejoints par Philippe Poutou, qui fut candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à la présidentielle, et la communiste Marie-George Buffet.

Philippe Poutou, qui a vécu la lutte de Ford Blanquefort, près de Bordeaux, lance lui aussi un appel à la mobilisation des salariés de PSA et de toutes les victimes de plans sociaux, espérant que "la colère va l'emporter".

"Il y a besoin d'appeler à la révolte, il faut qu'on résiste", dit-il. Selon lui, le conflit sera un test pour le gouvernement socialiste. "Est-ce qu'il sera capable de s'opposer au capital ?", s'interroge-t-il.

Le constructeur automobile a annoncé son intention de supprimer 8.000 postes supplémentaires sur ses sites français face à la dégradation du marché européen.

Edité par Patrick Vignal