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Bourges: cinq personnes jugées après la mort d'une fillette de 7 ans victime de maltraitances

Entrée du Palais de justice d'Amiens. Dans la Somme, la justice parie sur le dispositif de "suivi judiciaire renforcé" pour "s'attaquer aux racines" de la délinquance

Entrée du Palais de justice d'Amiens. Dans la Somme, la justice parie sur le dispositif de "suivi judiciaire renforcé" pour "s'attaquer aux racines" de la délinquance - PHILIPPE HUGUEN © 2019 AFP

La fillette avait été admise à l'hôpital le 30 décembre 2017 dans un "état neurologique catastrophique", le médecin légiste relevant de "multiples lésions". Cinq personnes ont été mises en examen et renvoyées devant la cour d'assises du Cher, dont la mère de l'enfant et son compagnon.

Ce lundi, à Bourges, cinq personnes sont renvoyées devant la Cour d'assises du Cher pour le procès de la mort d'une petite fille en janvier 2018, alors qu'elle était âgée de sept ans. Sa mort est survenue après de nombreuses violences, dont le compagnon de sa mère est accusé, comme le souligne l'ordonnance de mise en accusation dans cette affaire, obtenue par BFMTV.

La mère, actuellement assignée à résidence sous contrôle électronique, est poursuivie pour "non-assistance à personne en danger", et "non-dénonciation de mauvais traitements". Le compagnon de cette dernière, soupçonné d'être à l'origine des violences et placé en détention provisoire, est accusé d'"actes de torture ou de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et "violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime".

Les faits remontent au 30 décembre 2017, le jour où la petite fille a été admise à l'hôpital dans un état grave. Elle est morte de ses blessures le 16 janvier 2018 au CHU de Tours (Indre-et-Loire).

La fillette abandonnée à l'hôpital

Si les versions des faits divergent au long de l'enquête, le compagnon reconnaît avoir donné un coup à la petite fille le 29 décembre 2017, après quoi elle était inanimée. Le frère et la mère de l'homme se sont rendus à son chevet après avoir été appelés, mais les secours n'ont pas été contactés. Il semblerait que ce soit par peur que la petite fille ne soit placée à l'assistance sociale - comme son petit frère l'avait été quelques semaines auparavant, après, déjà, l'observation de violences sur lui.

Le 30 décembre 2017, la mère de la fillette, aux côtés de la mère et la soeur de son compagnon, amènent l'enfant au centre hospitalier de Bourges, mais prétendent ne pas se connaître. La mère de l'enfant donne même une fausse identité, et quitte l'établissement, laissant la fillette à l'hôpital.

Mais elle est rapidement identifiée et dès le 31 décembre, des policiers se rendent à son domicile, où elle n'est pas présente. Ils trouvent en revanche à l'intérieur de "nombreuses traces de sang séché, et de dosettes de sérum physiologique usagées", ainsi que des jouets, preuve qu'un enfant habite ou a habité sur place.

La mère et son compagnon seront interpellés sur mandat de recherches le 2 janvier 2018 dans la région de Toulouse.

Un rapport d'autopsie terrifiant

D'après l'autopsie, l'enfant est arrivée au centre hospitalier de Bourges dans un "état neurologique catastrophique", le médecin légiste relevant de "multiples lésions traumatiques d'âges et de mécanismes vulnérants différents".

À l'origine du décès, "des lésions ischémiques cérébrales diffuses" ayant entraîné un oedème cérébral massif, "compatible avec une manoeuvre de strangulation plus appuyée du côté gauche du cou". "Ces lésions, survenues la veille de l'hospitalisation, avaient dû induire des troubles de la conscience et, avec le retard dans le recours aux soins, entraîner le décès", note l'autopsie.

Il est également noté un hématome "témoignant d'un traumatisme crânien récent", des fractures dentaires, des hémorragies rétiniennes, la perforation du tympan droit, au moins 14 lésions compatibles avec des morsures humaines, des fractures d'âges différents ou encore de nombreux hématomes ailleurs sur le corps. En outre, l'expertise toxicologique révèle que l'enfant a été exposée de façon répétée au cannabis durant l'année 2017.

L'ordonnance de mise en accusation note que dès le 3 octobre 2017, un jugement de placement avait été rendu pour la petite fille, après des soupçons de maltraitance et un changement de comportement. Son petit frère avait été placé quelques semaines auparavant après la constatation d'ecchymoses. Mais les policiers n'ont jamais réussi à entrer en contact avec la mère de l'enfant pour rendre effectif le jugement concernant la fillette.

Des versions qui divergent

Lors de l'enquête, au fur et à mesure des interrogatoires, les versions données par la mère sur les violences subies par sa fille ont évolué. Lors des premières entrevues, elle nie avoir vu la plupart des traces de violence sur sa fille, et lui avoir porté des coups. Elle déclarera ensuite que son compagnon mordait sa fille, la frappait, et que lorsqu'elle avait essayé de s'interposer, elle avait été menacée par lui. Le 29 décembre, alors que sa fille est inanimée après un coup - qui lui sera fatal - elle déclare avoir pensé que la petite fille dormait, ne se rendant pas compte de la gravité de son état, et qu'elle allait se réveiller le lendemain.

Au cours d'un entretien, elle finira par décrire son compagnon comme quelqu'un de violent, qui l'avait déjà frappée et qu'elle avait peur de quitter.

Le discours de l'homme varie également lors des interrogatoires. Renvoyant d'abord les violences sur la fillette à un ancien compagnon de la mère, il finit par admettre des morsures, des claques ou des coups de pied, des violences "souvent mais pas régulièrement". Il déclare que sa consommation de stupéfiants "estimée à dix joints par jour", pourrait peut-être avoir un lien avec sa violence. L'homme soutient également par la suite que la mère est également auteure de violences sur sa fille, bien qu'il maintienne être à l'origine du coup de la nuit du 29 décembre.

Dans cette affaire, outre la mère de la fillette et le compagnon, la soeur du compagnon est poursuivie pour non-dénonciation de mauvais traitements, son frère pour non-assistance à personne en danger, leur mère pour les deux chefs d'accusation. Ils ont tous les trois été placés sous contrôle judiciaire.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV