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Bobigny: 15 ans de prison ferme pour le "viol punitif" d'une lesbienne

Le tribunal de grande instance de Bobigny, mars 2017 (PHOTO D'ILLUSTRATION).

Le tribunal de grande instance de Bobigny, mars 2017 (PHOTO D'ILLUSTRATION). - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

La cour d'assises de Seine-Saint-Denis n'a toutefois pas reconnu le caractère homophobe de l'agression.

Peine maximale. Un homme de 24 ans a été condamné vendredi à 15 ans de prison par la cour d'assises de la Seine-Saint-Denis pour avoir violé, frappé et volé une jeune lesbienne. La cour n'a toutefois pas retenu le caractère homophobe de l'agression. 

Estimant qu'il s'agissait bien d'une "punition de l'homosexualité", l'avocate générale avait demandé aux jurés de condamner l'accusé à quinze ans pour "viol en raison de l'orientation sexuelle".

Elle "lit la haine dans ses yeux"

Dans un réquisitoire marquant, la représentante du ministère public a jugé que l'agression vécue par Jeanne*, 34 ans, dans son appartement de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) le 8 octobre 2017, avait pour objectif de "la détruire".

Cette nuit là, après avoir rencontré un garçon "sympathique" place de la République à Paris, la jeune femme, qui s'est présentée comme "préférant les filles", rentre chez elle avec lui. Alors qu'elle change d'avis et refuse d'avoir un rapport sexuel, elle "lit soudain la haine dans ses yeux". Avant d'entendre cette phrase: "Ah, tu kiffes les meufs? Je vais te faire kiffer".

"Il m'a prise par les cheveux, m'a jetée sur le lit et a commencé à m'étrangler. Je me suis dit 'c'est la mort'. Et puis il a commencé à me violer. J'ai littéralement senti mon corps craquer", a relaté jeudi la jeune femme.

L'expertise médicale, effectuée quelques heures après les faits, relèvera de "très nombreuses plaies sur l'ensemble du corps", "une perforation du tympan" et des ecchymoses au niveau du cou et du thorax, et lui accordera vingt jours d'incapacité totale de travail (ITT). 

L'évocation de Gisèle Halimi

Suivront une heure et demie de coups et sévices sexuels. Jusqu'à ce que le jeune homme finisse par quitter l'appartement, après lui avoir dérobé une chevalière et sa carte bancaire. 

"Est-ce que n'importe quelle femme qui se refuse à lui, il l'aurait violée? Non, c'est car elle refuse son sexe d'homme qu'il la viole", "c'est à cause de ça qu'il bascule dans la violence", a estimé l'avocate générale, invitant la cour à retenir la circonstance aggravante du "viol en raison de l'orientation sexuelle".

Evoquant le procès d'Aix-en-Provence, en 1978, où Gisèle Halimi avait représenté deux jeunes campeuses homosexuelles violées par trois hommes dont elles avaient refusé les avances -les agresseurs avaient dans un premier temps été poursuivis pour "coups et blessures"-, la représentante du parquet a estimé qu'on était "manifestement pas allé au bout" de la réflexion sur ces agressions dont sont victimes les lesbiennes.

Frustration et cocaïne

A l'énoncé des réquisitions, l'accusé, 24 ans, veste de jogging noire noire, a pleuré. Jusque là, souvent agressif, il avait répété "ne pas avoir été violent" avec la plaignante. Pour son avocat, on est "à des années lumière d'un acte homophobe".

"C'est une relation qui a mal tourné. Sur quelle base ? La frustration ? La cocaïne qu'ils avaient consommé tous les deux ? Je ne sais pas", a reconnu Me Nourredine Habibi Alaoui dans sa plaidoirie. 

Le verdict est attendu en fin de journée.

*Le prénom a été modifié

E.P avec AFP