BFMTV

Après 25 ans de prison pour avoir tué sa famille, Jean-Claude Romand demande sa libération

Jean-Claude Romand a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1996.

Jean-Claude Romand a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1996. - Philippe Desmazes - AFP

Le tribunal d'application des peines de Châteauroux examine mardi la demande de libération conditionnelle déposée par Jean-Claude Romand. Le faux médecin de l'OMS a passé 25 ans en prison pour l'assassinat de sa femme, ses deux enfants et ses parents en 1993.

Jusque dans sa cellule de la maison d'arrêt de Saint-Maur, Jean-Claude Romand profitait de son aura de médecin. Une bizarrerie pour cet homme de 64 ans qui n'a jamais passé la deuxième année de médecine. Ce mardi va se jouer la troisième partie de la vie de cet homme qui a menti pendant des années à sa famille avant de tuer sa femme, ses enfants et ses parents une fois son mensonge sur le point d'être découvert. Jean-Claude Romand a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans. Il demande désormais sa libération conditionnelle.

Derrière les murs de la maison centrale de Saint-Maur, le tribunal d'application des peines de Châteauroux va examiner dans la matinée de ce mardi cette demande de remise en liberté. Un président, ses deux assesseurs, un procureur, un greffier entendront les arguments de Jean-Claude Romand et de son avocat, Me Jean-Louis Abad. Le faux médecin, théoriquement libérable en 2015, a passé 25 ans derrière les barreaux. Le temps de préparer correctement sa sortie et de finaliser son projet de réinsertion, pour celui qui doit valider lors d'un stage le diplôme d'ingénieur informatique qu'il a préparé en prison.

Une vie de mensonge

A l'image de ses années d'incarcération, la vie que s'est créé Jean-Claude Romand s'est déroulée sans accroc. Fils unique d'Aimé et Anne-Marie Romand, le jeune homme, bon élève, s'inscrit en faculté de médecine. Il passe la première année, puis ne se présente pas aux examens de fin de deuxième année. Il finira par s'inscrire 12 fois sans passer au stade supérieur. N'empêche. En 1980, il épouse Florence, une cousine éloignée par alliance, qui a fait des études de pharmacie. Le couple s'installe à Prévessin-Möens près de la frontière suisse et de Genève où Jean-Claude Romand affirme travailler comme médecin, spécialisé en cardiologie, à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Pendant 13 ans, famille et amis croient être reçus dans la maison du bonheur. Florence Romand ne travaille plus et s'occupe de ses deux enfants. Jean-Claude Romand, dont chacun reconnait son intelligence, dit se rendre chaque matin à Genève ou à l'université de Dijon où il est censé enseigner. A l'oncle de son épouse, il délivre un soit-disant nouveau traitement pour lutter contre le cancer. Malgré le médicament, l'homme perd la vie après avoir confié 60.000 francs (près de 9.150 euros) à Romand, qui le convainc, comme le reste de sa famille, de les placer sur le territoire suisse afin de profiter de taux d’intérêts attractifs. Son beau-père lui donnera toutes ses économies, 400.000 francs, soit près de 61.000 euros. Idem pour l'argent de la vente de sa maison: 650.000 francs, environ 100.000 euros. 

"Il a une exceptionnelle capacité à séduire", analyse Daniel Settelen, psychiatre à Lyon qui a fait partie du collège d'experts ayant entendu Romand avant son procès en 1996.

Un "masque" qu'il s'est mis lui-même

Décrit comme modeste, pas flambeur, aimable et discret malgré sa réussite supposée, le faux médecin mène une tout autre vie. Ses journées se résument en réalité à lire des livres de médecine dans sa voiture. L'argent qu'il s'est fait confier, ainsi que celui qu'il détourne du compte de ses parents sur lequel il a procuration, sert à financer son train de vie jusqu'en 1993. Cette année-là, Jean-Claude Romand est sur le point d'être démasqué. Le 9 janvier, il fracasse le crâne de sa femme à l'aide d'un rouleau à pâtisserie puis abat sa fille Caroline et son fils Antoine, âgés de 7 et 5 ans. Les autopsies pratiquées sur le corps des enfants établissent que chaque balle de carabine a été tirée pour tuer. Les parents de Jean-Claude Romand connaissent le même sort: il les exécute d'une balle dans le dos à leur domicile avant de tuer le chien de la famille. 

Dans la nuit du 10 au 11 janvier, après avoir ingurgité des barbituriques, Jean-Claude Romand met le feu à son domicile. Le faux médecin est retrouvé inconscient par les pompiers, les corps de sa famille découverts. "J’avais entendu ce que la presse en avait dit et je pensais que j’allais trouver quelqu'un avec beaucoup de soins, ce n’était pas du tout le cas, se rappelle Me Frémion, le premier avocat de Romand. Je me souviens très bien lui avoir dit ‘je ne comprends pas on dit que vous avez voulu vous donner la mort mais là à part ce petit pansement’..." Sur son lit d'hôpital, l'homme se livre à son conseil. Les reconstitutions vont également servir d'électrochoc. "Là c’était la réalité qui le frappait, poursuit l'avocat. Quand on lui a demandé l’argent, là il s’est vu perdu. Ca enlevait ce masque qu’il s’était mis lui-même."

"Il nous a reçus avec beaucoup de chaleur et de convivialité en exposant toute son histoire sans trop de retenue", se souvient Daniel Settelen. "Il a parlé de ses difficultés pendant l’enfance, de sa position d’enfant-dieu qu’il a été toute sa vie, l’origine de sa souffrance. Il a fini par nous dire, in fine, 'j’ai tué tous ceux que j’aime mais je peux enfin être moi'." Et d'ajouter: "Dans son esprit, pour garder son image, il fallait qu’ils disparaissent. Ils étaient tous des morceaux de lui."

"Fournir des efforts sérieux d'adaptation sociale"

Ses années de détention se sont passées sans difficulté. Pour preuve le fait qu'il n'a connu que la maison centrale de Saint-Maur. Depuis le début de son incarcération, Jean-Claude Romand travaille pour le service des archives sonores de l’INA, l'Institut national de l'audiovisuel. Il a suivi des études d’ingénieur en informatique. Croyant, il voit beaucoup l’aumônier. Plus étonnant, les autres détenus viennent lui demander des conseils médicaux. S'il a reçu quelques visites au cours de sa peine, désormais il n'a plus de contact avec l'extérieur. Selon nos informations, celui qui a bénéficié de deux sorties de la prison en toute discrétion, craint le retour à une forme de vie normale.

"Pour pouvoir prétendre à une libération conditionnelle, il faut avoir purgé une bonne partie de sa peine, c'est largement le cas de l'intéressé", décrypte Frédéric Debove, directeur de l'institut de droit et d'économie de Melun. "Il faut fournir des efforts sérieux d'adaptation sociale (...) l'emploi, la domiciliation sont aussi des éléments qui doivent être remplis."

La décision du tribunal d'application des peines de Châteauroux ne sera pas donnée dans la foulée de l'audience. Une réponse que la famille des victimes appréhende. "Il les tue une deuxième fois", confie Emmanuel Crolet, le frère de Florence Romand à Europe 1. "Nous nous préparons à ça depuis trois mois seulement. C'est un peu dur de se dire 'bon, il va sortir et puis on passe à autre chose' car pendant 25 ans, on n'est pas passé à autre chose."

Justine Chevalier