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Air cocaïne: que risquent les deux pilotes qui ont fui vers la France?

Les deux pilotes de l'affaire dite "Air cocaïne", condamnés à 20 ans de prison en République dominicaine en août, se sont enfuis. Ils sont en France depuis samedi. Mais ils n'en ont pas pour autant fini avec la justice.

Les deux pilotes Pascal Fauret et Bruno Odos, condamnés à 20 ans de prison pour trafic de drogue le 14 août en République dominicaine dans l'affaire dite "Air cocaïne", ont regagné la France samedi, fuyant le pays où ils étaient assignés à résidence dans l'attente de leur procès en appel. Que risquent-ils désormais? Vont-ils être extradés? Eléments de réponse.

> Les deux pilotes vont-ils être extradés?

La République dominicaine va demander l'arrestation des deux pilotes rentrés en France, a annoncé ce mardi le procureur général Francisco Dominguez Brito. "Nous nous préparons à lancer un mandat d'arrêt international contre les pilotes impliqués", Pascal Fauret et Bruno Odos, condamnés à 20 ans de prison mi-août pour trafic de cocaïne et qui avaient interdiction de quitter le territoire dominicain, a-t-il indiqué dans un communiqué.

Une convention d’extradition a bien été signée entre les deux pays le 7 mars 2000. Mais les conditions à réunir, détaillées dans le décret du 31 mai 2002, sont compliquées.

La France a d'autre part pris pour usage de ne pas extrader ses nationaux à la demande d'un Etat étranger. "La France a une position constante dont je ne dérogerai pas, la France n'extrade pas ses nationaux, jamais", déclarait d'ailleurs Nicolas Sarkozy en 2012, alors président de la République, à propos de l’affaire Lee Zeitouni

Leur avocat en est donc convaincu, les deux pilotes français désormais sont en partie tirés d’affaire. "La France n’extrade pas ses ressortissants donc la bonne nouvelle c’est qu’ils ne repartiront pas là-bas. Et puis maintenant, nous allons prendre le temps de reprendre le dossier, j’espère avec patience", a expliqué Jean Reinhart, l'un de leurs conseils, lundi soir sur BFMTV.

> En ont-ils fini avec la justice? Où en est l'enquête française?

Les deux pilotes n'en ont de toute façon pas fini avec la justice en France, où ils sont visés par une vaste enquête pour trafic de drogue.

L'enquête française avait été lancée à Paris -avant d'être transférée à Marseille- après la nuit du 19 au 20 mars 2013, quand la police dominicaine, renseignée notamment par les États-Unis, avait intercepté sur le tarmac de l'aéroport de Punta Cana un Falcon 50 avec 26 valises contenant 680 kilos de cocaïne à son bord. Elle est conduite par la juge d'instruction marseillaise Christine Saunier-Ruellan. Une dizaine de personnes sont mises en examen notamment pour importation de stupéfiants en bande organisée dans ce volet marseillais, dont les deux pilotes.

"La justice française s’est penchée sur qui étaient les commanditaires de ce vol, qui les avait payés, et surtout qui avait la possibilité en France d’écouler une marchandise aussi grosse que celle-ci. Puisque ça représente à peu près quand même 20 millions d’euros, c’est quand même extrêmement conséquent", note sur BFMTV Marc Leplongeon, coauteur de L’affaire Air Cocaïne

Les pilotes affirment en tout cas vouloir s'en remettre à la justice hexagonale. L'un de leurs avocats, Jean Reinhart, a demandé à ce que Pascal Fauret, 55 ans, et Bruno Odos, 56 ans, tous deux anciens de la Marine nationale reconvertis dans le civil, "puissent être entendus rapidement" par la juge d'instruction chargée à Marseille de l'enquête française. "Ils sont en France non pas pour fuir la justice mais pour chercher la justice", a insisté Me Reinhart. 

L'avocat des pilotes "a pris contact avec la juge d'instruction" a simplement confirmé le procureur de la République de Marseille Brice Robin, qui précise que "des décisions sont en gestation" après l'arrivée des deux pilotes sur le territoire français.

"Les conséquences, ça peut être une ouverture d’information en France et éventuellement un renvoi devant un tribunal correctionnel", estime de son côté l'avocat Thibault Halmenschlager, joint par BFMTV. "Ils (les pilotes, Ndlr) réclament simplement que justice soit faite et en fonction des lois de leur pays."

> Quid des deux Français restés sur place?

Restent leurs deux complices présumés, les Français Nicolas Pisapia, passager de l’avion, et Alain Castany, affreteur du vol. Eux sont toujours en République dominicaine, placés sous contrôle judiciaire avant leur procès en appel.

"Il est à craindre que les autorités dominicaines décident de m’incarcérer à nouveau", s’est inquiété Nicolas Pisapia mardi sur BFMTV, après l'annonce de l'exfiltration des deux pilotes. "On reste confiant sur la suite quand même", a-t-il toutefois expliqué. "Il y a peu de chances pour que ça arrive puisqu’il faudrait une décision de justice, la décision d’un juge pour que ça puisse se faire. Mais on reste vigilant", a-t-il ajouté avant de solliciter "à nouveau les autorités diplomatiques (françaises, Ndlr) pour (le) soutenir ici".

Récemment victime d'un accident à Saint-Domingue alors qu'il était aussi en liberté surveillée, Alain Castany a lui demandé son rapatriement en France pour raisons sanitaires. "Le départ de Bruno Odos et Pascal Fauret ne peut que polluer toute démarche auprès des autorités dominicaines pour obtenir son rapatriement en France", s'est alarmé sur Europe 1 son avocat Me Karim Beylouni, disant craindre que "les autorités dominicaines durcissent leur position" à l'égard de son client, qui "risque une amputation".

V.R. avec Antoine Heulard et AFP