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Affaire Tapie: "Il y a une limite à la voie du mensonge", estime un avocat de l'Etat

Bernard Tapie, le 15 novembre 2013.

Bernard Tapie, le 15 novembre 2013. - Boris Horvat - AFP

L'arrêt de la cour d'appel de Paris condamnant les époux Tapie au remboursement de 404 millions d'euros est tombé comme un couperet. Mais pour les avocats de l'Etat, cette décision n'a rien de surprenant.

L'arrêt de la cour d'appel de paris condamnant jeudi les époux Tapie au remboursement de 404 millions d'euros est un grave revers judiciaire pour l'homme d'affaires. Mais ce déboire ne déplaît pas à tout le monde. Le contraste de la décision mise en parallèle avec l'arbitrage favorable de 2008, qui est donc annulé, peut surprendre. Par la voix d'un de ses conseils, Me Emmanuel Gaillard, Bernard Tapie dénonce un "déni de justice pur et simple".

Pour William Bourdon, avocat de la partie adverse, c'est-à-dire de l'Etat, cette décision n'a cependant rien d'étonnant. "Ceux qui sont surpris sont ceux qui prêtaient des pouvoirs d'influence presque magique à Bernard Tapie", s'excuse-t-il, joint au téléphone par BFMTV.

"Je crois qu'il a usé tous les ressorts possibles des réseaux qu'il a mobilisé pendant des années pour essayer de peser ici où là sur telle ou telle séquence de cet incroyable litige. Ça fait longtemps que la majorité des Français savent à qui ils ont affaire", insiste-t-il.

L'Etat se réjouit de voir dénoncer un "arbitrage frauduleux"

Du côté des avocats de l'Etat, un sentiment d'accomplissement prévaut. Selon Jean-Yves Garaud, cette condamnation montre que "l'arbitrage était bien frauduleux" et qu'"il a abouti à un résultat qui été injustifié, biaisé par la fraude".

Me William Bourdon applaudit également la décision rendue. Il estime ainsi que "cet homme a un talent absolument hors norme dans le mensonge et le boniment, mais qu'à un moment donné, il y a une limite à la voie du mensonge". Et de conclure: "Plus on ment, plus il est difficile de revenir en arrière".

Surtout, William Bourdon relève les manoeuvres dilatoires dont a su faire preuve, selon lui et pendant 20 ans, l'homme d'affaires pour retarder l'échéance. 

"Cet homme a un talent absolument hors-norme, exceptionnel, pour le mensonge et le boniment. Il faut lui rendre ça. Mais à un moment donné il y a une limite à la voie du mensonge. Plus on ment, plus il est difficile d'en revenir. (...) A cela, s'ajoutent des capacités d'intimidation, des capacités de mobilier des réseaux. Effectivement, ça retarde la capacité de l'autorité judiciaire d'acter de ce qui s'est passé sur le fond", relève-t-il.

Le juriste explique aussi que le dossier civil a été étayé par les investigations menées par les juges d'instruction dans le volet pénal de l'affaire et inversement. "La procédure pénale va pourvoir aller sans l'ombre d'un obstacle jusqu'à son terme", détaille l'avocat. Pour lui, "le droit triomphe de l'hyper-cynisme qui est incarné de façon iconique par Bernard Tapie".
D. N.