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Police-Justice

Affaire Sophie Le Tan: le procès de Jean-Marc Reiser pour assassinat s'ouvre ce lundi

Des photos de Sophie Le Tan, retrouvée morte en 2019 dans une forêt du Bas-Rhin, un an après sa disparition à Schiltigheim.

Des photos de Sophie Le Tan, retrouvée morte en 2019 dans une forêt du Bas-Rhin, un an après sa disparition à Schiltigheim. - FREDERICK FLORIN / AFP

Le meurtrier présumé encourt la réclusion criminelle à perpétuité, accusé d'avoir attiré dans un piège puis assassiné la jeune étudiante de 20 ans, en 2018.

Après plus de trois ans d'enquête et des aveux difficilement soutirés au suspect, un possible épilogue pour l'affaire Sophie Le Tan. Ce lundi s'ouvre le procès de Jean-Marc Reiser, accusé d'avoir assassiné cette étudiante en économie en 2018 dans le Bas-Rhin. Pour ces faits, l'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

"La famille de Sophie Le Tan va très mal. Perdre un enfant dans ces circonstances dramatiques, attendre un an dans l'angoisse avant de retrouver le corps... C'est une souffrance qui ne passe pas", confie leur avocat, Me Gérard Welzer, à BFMTV.com.

Une visite puis une disparition

Sophie Le Tan devait visiter un appartement avant de rejoindre sa famille pour fêter son vingtième anniversaire. Le 7 septembre 2018, l'étudiante en licence d'économie, prend la direction de Schiltigheim, dans la banlieue de Strasbourg. Quelques jours plus tôt, elle y a repéré, via le site Le Bon Coin, une petite annonce pour un appartement.

Elle se rend sur place et sonne. Le propriétaire lui ouvre et referme la porte derrière elle. Ensuite, la jeune femme ne donne plus aucun signe de vie.

Rapidement, grâce aux informations que sa famille et les enquêteurs recueillent en étudiant sa téléphonie et les réseaux sociaux, les investigations tournent autour d'un suspect en particulier: un dénommé Jean-Marc Reiser, chez qui de l'ADN de la disparue est prélevé.

Une attitude d'abord "très contestataire"

Une condamnation en 2001 pour deux viols, puis pour divers délits dont des cambriolages dans des cabinets vétérinaires... Jean-Marc Reiser, 58 ans au moment des faits, a déjà un passé judiciaire lourd. Les enquêteurs finissent par l'interpeller le 17 septembre, dix jours après la disparition de Sophie Le Tan.

Malgré ses dénégations et l'absence de corps, il est mis en examen quelques jours plus tard. Il faudra un an de recherches pour que la dépouille de l'étudiante soit retrouvée par des promeneurs, dans la forêt de Rosheim, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Strasbourg. Jean-Marc Reiser, qui par ailleurs connaît très bien les forêts alsaciennes, continue de nier. Le suspect maintient à ce moment-là une position ferme, rapporte Me Pierre Giuriato, son avocat, contacté par BFMTV.com.

"Dès son placement en détention provisoire, il avait commencé à travailler le procès d'assises qui se profilait", détaille-t-il.

"Il avait une attitude procédurière et très contestataire. À partir du moment où il a eu accès au dossier, il a pris connaissance des points à charge et à décharge", comme peut le faire toute personne mise en examen durant l'instruction.

Le passage aux aveux, un "alignement des planètes"

Mais les éléments à charge, justement, commencent à se multiplier. Une position intenable pour ses deux avocats, qui menacent de ne plus assurer sa défense sans coopération de sa part. "Il a fallu un alignement des planètes" pour l'amener à en dire davantage, raconte Me Pierre Giuriato.

"La procédure touchait à sa fin, nous avions eu des discussions très franches avec lui, en lui disant que ses déclarations ne tenaient pas", rapporte l'avocat.

Peu à peu, Pierre Giuriato tente une autre approche: "On a parlé de choses plus personnelles, sur sa famille et sur celle de Sophie. Je lui ai expliqué qu'elles attendaient autre chose de sa part." Jusqu'à ce que le mis en examen avoue, d'abord à demi-mot, puis reconnaisse devant le juge avoir tué l'étudiante, en janvier 2021, ouvrant la voie à un procès.

L'accusé dément toute préméditation

La version qu'il livre aux enquêteurs est cependant loin de convaincre tout le monde, et suscite, encore aujourd'hui, de vives interrogations qui seront soulevées au procès. Lorsqu'il passe aux aveux, Jean-Marc Reiser déclare qu'il s'était mépris sur les intentions de la jeune femme venue visiter son appartement.

Il précise avoir tenté de se rapprocher d'elle, avant qu'elle ne le repousse. Un geste qu'il n'aurait pas accepté, la rouant de coups de poing et de pied dans un accès de colère. Selon ses dires, il aurait ensuite démembré son corps à l'aide d'une scie à métaux.

Pas de préméditation, donc, à en croire l'accusé. C'est sur ce point que la défense va insister lors du procès, confirme Me Pierre Giuriato. Pourtant, Gérard Welzer, avocat des parties civiles, n'a "aucune inquiétude" sur le fait que les jurés reconnaîtront la préméditation, Jean-Marc Reiser ayant fait passer une petite annonce fictive.

"Il a tendu un piège en passant une petite annonce, il a choisi sa proie. Ce piège a été prouvé, donc la préméditation est évidente."

Les proches de la victime, précise-t-il, n'attendent cependant rien de l'accusé: "Il n'a pas arrêté de mentir. On ne saura jamais dans quelles circonstances exactes Reiser a assassiné Sophie. On attend que justice soit faite."

Elisa Fernandez