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Affaire Kerviel: une enquêtrice met à mal la version de la Société générale

Jérôme Kerviel le 15 avril 2015 à la cour d'appel de Versailles.

Jérôme Kerviel le 15 avril 2015 à la cour d'appel de Versailles. - Thomas Samson - AFP

Un témoignage dévoilé par Mediapart pourrait relancer l'affaire Kerviel. Il accable la Société générale, qui aurait été au courant des activités de son ancien trader.

Et si Jérôme Kerviel avait dit vrai? Un témoignage révélé par Mediapart pourrait relancer l'affaire mettant en cause l'ancien trader de la Société générale. Ce témoignage est celui de la commandante de police chargée de piloter l'affaire à la brigade financière.

> Ce que révèle Mediapart

Selon le site d'information, la commandante de police a été auditionnée début avril par le juge d'instruction Roger Le Loire. Devant lui, elle fait état de nouveaux éléments: la Société Générale aurait tenté de la duper. Elle affirme que la banque lui a caché l'ordinateur de Jérôme Kerviel, puis a sélectionné les témoins à interroger.

Pour étayer ces accusations, elle s'appuie sur de nouvelles auditions, comme celle d'une personne responsable des ressources humaines. Cette dernière assiste par exemple à une scène étonnante, racontée par Martine Orange, journaliste de Mediapart auteure de l'enquête sur BFMTV: "Frédéric Oudéa, alors directeur financier, a séquestré les cadres pour les forcer à signer une clause de confidentialité où ils s'interdisent de raconter ce qui se passe dans la banque". Ils ne pourront ressortir de la pièce qu'une fois avoir signé cette clause de confidentialité.

Un ancien salarié assure également à la commandante avoir alerté ses supérieurs de l'activité à risques de Jérôme Kerviel. Mais elle ne peut pas exploiter ces découvertes. "Elle dit qu'elle prévient sa hiérarchie et le parquet en disant qu'elle a de nouveaux témoignages troublants. Mais selon elle, le parquet ne veut pas l'entendre", raconte Martine Orange. 

> Kerviel, "utilisé par la Société générale" pour ses soutiens

Parmi les responsables politiques qui ont toujours soutenu Jérôme Kerviel, on souligne la nécessité de revoir la procédure. "Si le témoignage de la commandante est avéré, alors il faut qu'elle rende des comptes et il faut remettre à plat la procédure pénale et civile", juge Julien Bayou, porte-parole d'Europe Ecologie – Les Verts.

Pour Alexis Corbière, du Parti de gauche, "il n'est pas crédible d'imaginer que Jérôme Kerviel ait pris de telles décisions sans que sa hiérarchie soit au courant et l'affaire semble bien plus compliquée. Jérôme Kerviel semble avoir été un fusible utilisé par la direction de la Société générale pour masquer des pertes financières liées à la crise des subprimes".

> Une même ligne de défense

De son côté, Jérôme Kerviel a toujours gardé la même ligne de défense: en avril 2012, il affirmait déjà ne pas comprendre "pourquoi cette affaire est appelée affaire Kerviel et pas affaire Société Générale tant il est évident que mes supérieurs étaient informés de tout ce que je faisais". La Société générale, elle, "s'étonne" dans un communiqué des nouvelles informations de l'affaire et rappelle avoir "déposé deux plaintes pour dénonciation calomnieuse pour répondre aux deux plaintes déposées par Jérôme Kerviel".

Déjà condamné à 5 ans de prison dont trois ferme pour abus de confiance, faux et usage de faux, l'ancien trader n’en a pas fini avec la justice: un nouveau procès civil doit se tenir en janvier 2016 pour définir qui est responsable de la perte de 4,9 milliards d’euros.

A. K.