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Affaire Adama Traoré: en 2016 puis 2020, les discordances du "témoin-clé"

L'homme chez qui Adama Traoré s'est réfugié le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) juste avant son arrestation, a de nouveau été entendu, cette fois par les juges d'instruction. Il a changé de versions sur des points de son récit.

C'est un témoin clé de l’affaire Traoré. BFMTV a eu accès aux procès-verbaux de retraçant l'interrogatoire de l'homme chez qui Adama Traoré s'est réfugié le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) juste avant son arrestation. Interrogé une première fois en août 2016 par les gendarmes, le témoin a été de nouveau entendu, cette fois par les juges d'instruction, le 2 juillet dernier. Quatre ans séparent les deux interrogatoires et la version de ce témoin essentiel a changé.

"Argent"

Treize jours après la mort d’Adama Traoré, l'homme est entendu par les gendarmes chargés de faire la lumière sur les conditions de l'interpellelation de la victime. À l'époque, le témoin, qui était dans son appartement au moment des faits, indique aux enquêteurs qu'il a entendu un grand boom avant de se diriger vers sa porte, où il trouvera derrière le jeune homme: "la seule chose" que lui aurait alors dit Adama Traoré est "Tire-moi". "Je ne l'aide jamais, je ne le tire pas", précisera-t-il.

Près de quatre ans plus tard, cette fois devant les juges d'instruction, il déclare au contraire avoir aidé le jeune homme à s'introduire dans l'appartement. "Je l'ai tiré pour l'aider." Autre nouveauté, il affirme maintenant qu'Adama Traoré a prononcé le mot "Argent" en arrivant chez lui. Sans plus de détails.

"Avec le choc, j’avais oublié"

Le témoin déclare également qu'Adama Traoré a prononcé la phrase "Je vais mourir". "Quand j’ai parlé avec lui, il a dit 'je vais mourir', là je prends un choc, je sors direct", a-t-il dit aux juges d'instruction.
Une phrase, là aussi toute à fait nouvelle par rapport à son premier interrogatoire. "Avec le choc, j’avais oublié. Il est possible que la phrase 'je vais mourir', qu’avec le stress, j’ai oublié de le dire le jour de ma convocation à la gendarmerie", s'est-il justifié auprès des magistrats.

Pendant les deux heures d'interrogatoire, le témoin a également été questionné sur la condition physique d'Adama Traoré quelques heures avant sa mort. Là aussi, des divergences apparaissent entre les deux auditions.

"Il est assis par terre et n’arrive pas à se tenir. Il est essoufflé (...) Je ne l’ai jamais vu dans un état pareil, il n’arrivait pas à parler. Il respirait bruyamment", avait-il affirmé aux gendarmes en 2016.

Nouvelle expertise médicale

S'appuyant sur ce témoignage, les enquêteurs avaient conclu que le pronostic vital d'Adama Traoré était déjà engagé à son arrivée dans l'appartement. Quatre ans plus tard, le témoin affirme maintenant qu'il ne peut pas dire s'il respirait "bruyamment" et qu'il ne faisait pas de bruit particulier. "Je ne suis pas médecin", ajoute-t-il, précisant par ailleurs qu'il ne savait pas ce que voulait dire le mot "essoufflement".

Ce changement de version n'a pas manqué de créér la zizanie entre les avocats des différentes parties. Il sème aussi davantage le trouble dans cette affaire érigée en symbole des violences policières. En signe d'apaisement, les juges d'instruction chargés du dossier ont depuis ordonné de nouvelles investigations avec notamment une nouvelle expertise médicale confiée à quatre médecins belges. Une de plus, au coeur d'une affaire rythmée par une bataille d'expertises médicales.

Mélanie Vecchio et Esther Paolini