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Acquittée après avoir tué sa fille : risques de dérive

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L’acquittement de Lydie Debaine, qui a noyé sa fille handicapée, ouvre un débat et fait craindre un risque d’incitation pour certaines personnes concernées.

Surprise devant les assises de Pontoise hier : Lydie Debaine, 66 ans, a été acquittée. Elle comparaissait libre après avoir noyé en 2005 sa fille, handicapée motrice et cérébrale. Elle ne supportait plus les souffrances d'Anne-Marie, 26 ans à l'époque mais qui avait l'âge mental d'un enfant de 5 ans et était invalide à 90%. Lydie Debaine encourait la perpétuité et l'avocat général avait requis 3 ans de prison avec sursis.

Cependant, certaines associations craignent que ce verdict fasse jurisprudence. Une des soeurs de Lydie Debaine le dit elle-même : elle aurait préféré une peine avec sursis parce qu'elle craint que d'autres parents se croient autorisés à de pareils gestes. Lydie Debaine, elle, le revendique haut et fort : elle a tué sa fille non pas pour se soulager, mais pour mettre fin aux souffrances d'Anne-Marie. Elle a tout tenté pour placer sa fille dans un centre, mais aucun ne semblait adapté ou ne lui paraissait assez sûr pour sa fille. Alors peut-être faut-il un accompagnement plus élaboré pour ces mères isolées, comme le propose l'Association des Paralysés de France. Et pourquoi ne pas remonter plus en amont, a suggéré la kinésithérapeute d'Anne-Marie pendant le procès ? Pourquoi ne pas éviter l'acharnement thérapeutique réalisé sur des bébés nés grands prématurés, dit-elle, qui naissent comme Anne-Marie avec une infirmité motrice cérébrale ? C'est là encore un autre débat, tout aussi sensible.

Jean-Marie Barbier, président de l'Association des paralysés de France (APF), craint que ce verdict « incite d'autres personnes à faire de même et il faut éviter cela à tout prix. C'est à la société de répondre, Mme Debaine n'a sans doute pas eu d'interlocuteur face à ses difficultés. Elle a dû gérer la situation toute seule, ce qui est extrêmement choquant ».

Même son de cloche du côté de Didier Arnal, directeur général de l'APAJH (Association pour adultes et jeunes handicapés), qui explique qu'il « comprend la souffrance, la douleur, la difficulté vécues par cette famille. Mais la personne handicapée ne peut pas être considérée comme une circonstance atténuante, quel que soit le degré de handicap. Aujourd'hui, on a les moyens de donner les accompagnements et le soutien à la famille nécessaires. C'est un acte grave, et cette décision, qui soulage une situation particulière, peut ouvrir une dérive grave ».

La rédaction et Philippe Gril-Bourdin & Co