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8000 pieds de cannabis saisis: le phénomène inquiétant de la "cannabiculture" dans le Nord

8.000 pieds de cannabis ont été saisis à Roubaix.

8.000 pieds de cannabis ont été saisis à Roubaix. - AFP

La police judiciaire de Lille a procédé mardi à la saisie de 8000 plants de cannabis, qui étaient cultivés dans un entrepôt de Roubaix. Une belle prise qui ne cache pas une forte présence de ces exploitations à niveau industriel bien implantées dans la région.

Ce pourrait être une saisie record au niveau national, et qui fait grand bruit au niveau local. La police judiciaire de Lille a saisi mardi 8000 plants de cannabis cultivés dans un entrepôt en plein centre-ville de Roubaix. Les plants ont été arrachés et brûlés, et deux personnes ont été interpellées et placées en garde à vue. Cette saisie illustre parfaitement un phénomène qui inquiète et en constante progression. Quand en 2015, moins de 1000 pieds étaient saisis, en 2019, la police judiciaire en est déjà à près de 15.000.

Depuis quelques années, la culture à niveau industriel du cannabis - à partir de 500 pieds - s'est implantée dans la région Nord. Ces derniers mois, les exemples de saisies se sont d'ailleurs multipliés: 1000 en février à Tourcoing, 3300 en mars à Roubaix ou encore 800 en mats à Harnes. Depuis le début de l'année, ces saisies se sont accompagnées de plus de 200 interpellations, dont plus de 70% ont été déférés, des individus principalement issus d'organisations criminelles.

Une implantation géographique prisée des réseaux

L'implantation de ces exploitations de cannabis en grande quantité repose sur trois éléments, selon une source policière. La position géographique, d'abord. A la frontière avec la Belgique, et à deux heures en voiture des Pays-Bas, le Nord attire des réseaux criminels organisés qui ont les moyens d'investir dans du matériel, notamment, mais aussi qui possèdent les compétences techniques et qui disposent de réseau d'écoulement de la drogue. Des compétences qui viennent principalement d'Europe de Nord.

L'attrait de ces départements pour les réseaux criminels venus de Belgique ou des Pays-Bas portent aussi sur les surfaces disponibles pour mettre en place leur activité. En effet, de nombreux locaux sont vacants, des entrepôts désaffectés. A cela s'ajoute une zone urbanisée, qui permet aux membres des réseaux de se fondre et de faire que le va-et-vient engendré par cette activité se fond dans le quotidien des habitants du secteur. Une activité prisée et qui rapporte: un pied produit environ 600 euros de revenu par an.

Lutte antidrogue

La lutte contre les stupéfiants s'est accélérée, notamment dans le Nord. En 2018, un plan anti-drogue a été mis en place avec donc une hausse du nombre de personnes déférées, mais avec des réseaux qui renaissent sans cesse. Cette lutte repose notamment sur une meilleure coordination des services entre la PJ, les service de sécurité publique, les douanes, la gendarmerie, mais aussi avec les voisins européens.

Par ailleurs, le gouvernement a annoncé en septembre un plan national avec à la clé la réforme de l'Ocrtis, l'Office central pour la répression du trafic illégal de stupéfiants, dont la réputation a été entachée par des scandales, remplacé par l'Ofast, l'Office antistupéfiants. 

Justine Chevalier