BFMTV

Un certain Charles Spencer Chaplin: création, amour et politique

Le personnage de Charlot apparaît brièvement dans la pièce

Le personnage de Charlot apparaît brièvement dans la pièce - J. Stey

La vie du génial pionnier du cinéma fournit le matériau d'une pièce passionnante, qui se joue au théâtre Montparnasse depuis le 23 septembre.

L’histoire

La vie de Charlie Chaplin, malgré son succès immense, ne fut pas un long fleuve tranquille: sa mère fut internée en asile psychiatrique, sa reconversion du cinéma muet au parlant fut délicate, sa vie sentimentale (quatre mariages successifs avec des femmes bien plus jeunes) choqua l’Amérique puritaine, et enfin ses idées progressistes lui valurent d’être banni des Etats-Unis en 1952 durant la chasse aux sorcières.

L’auteur

Né en 1947, Daniel Colas a démarré comme comédien, puis devient auteur et metteur en scène pour le théâtre à partir de 1976, puis pour le cinéma à partir de 1980. Il a dirigé le théâtre des Mathurins de 2006 à 2011.

Ce qu’on en pense

La vie de Chaplin fournit un matériau riche et passionnant, qui permet à la fois de parler de liberté artistique, de politique, d’amour… On se demande même pourquoi personne n’en a tiré de pièce plus tôt. Au cinéma, il n’y eut qu’en 1992 un biopic autorisé et assez médiocre réalisé par le britannique Richard Attenborough.

Mais ceux qui s’attendent à une succession de gags burlesques seront déçus. En effet, le personnage de Charlot n’apparaît que très brièvement. La pièce parle assez peu des films (et fait même carrément l’impasse sur les longs-métrages –certes moins réussis- tournés après Le Dictateur) pour se concentrer sur la vie de Chaplin. Or, comme le dit l’actrice Paulette Goddard à Chaplin quand elle le quitte: "Tu es très drôle à l’écran, mais tu es sinistre dans la vie".

Il ne faut pas non plus s’attendre à une hagiographie: Chaplin apparaît dur, tyrannique, colérique, angoissé, radin, désinvolte avec les femmes, mais aussi perfectionniste, intègre, progressiste, visionnaire… Bref, génial. De toutes façons, cette vision sans concession du personnage a du mal à entamer l’immense capital de sympathie dont jouit Chaplin, sympathie qui rejaillit sur la pièce elle-même.

Un certain Charles Spencer Chaplin adopte une forme assez cinématographique: c’est une succession rythmée de scènes assez courtes. Le seul défaut de la pièce est de vouloir transmettre un maximum d’informations au spectateur, rendant certains dialogues trop didactiques et pas assez naturels.

Côté interprétation, Maxime d’Aboville (Molière du meilleur comédien 2015 pour The Servant) est, dans le rôle titre, juste et naturel de bout en bout. Mention spéciale à Béatrice Agenin, qui joue sa mère dans deux scènes très émouvantes.

Jamal Henni