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Paris: une exposition de street art géante s'invite dans une poste désaffectée

Ici, les artistes peignent, taguent, soudent et scient devant les yeux ébahis des visiteurs, peu coutumiers de ce genre de spectacle.

Ici, les artistes peignent, taguent, soudent et scient devant les yeux ébahis des visiteurs, peu coutumiers de ce genre de spectacle. - Hervé PHOTOGRAFF

Depuis le 15 décembre, une trentaine d'artistes ont élu résidence dans cet immeuble du boulevard Montparnasse. Graffeurs, photographes, architectes, ils redonnent vie, sous les yeux du public, à 1.600 m² de bureaux abandonnés.

Ici, un graffeur apporte les dernières retouches à une immense sculpture d'éléphant volant. Là, un duo pose des aplats de peinture colorée sur un décor de cadres en bois. À quelques jours de l’inauguration, l’ambiance au 140, boulevard du Montparnasse est électrique.

Depuis le 15 décembre, une trentaine d’artistes ont élu domicile dans ce bâtiment de la Poste, désaffecté depuis six ans. Le but: redonner vie au lieu avant qu'il ne soit transformé en logements.

Un "work in progress"

Lab 14: l’art urbain en construction n’est toutefois pas une exposition comme les autres. Car, quand l’immeuble a ouvert ses portes au public, en décembre, les murs étaient entièrement nus.

"L'idée c'est de montrer un 'work in progress'", explique Hanna Ouaziz, co-initiatrice du projet (soutenu par la société foncière Altarea Cogedim et Poste Immo) pour l'agence Artana aux côtés de Sébastien Lopau. "Nous souhaitions permettre aux visiteurs d’entrer dans le processus créatif des artistes, d'observer comment on transforme de simples bureaux plutôt tristes, comme on en trouve dans n'importe quelle poste parisienne, en œuvre d'art." 

Djalouz de Photograffée
Djalouz de Photograffée © Hervé PHOTOGRAFF

Les artistes présentés ici ont une chose en commun: ils viennent tous, dans une plus ou moins grande mesure, de l’univers de la rue. "L'idée était de présenter des personnalités aux styles différents, des gens connus, d'autres moins", poursuit Hanna Ouaziz. La plupart des exposants du Lab 14 ont déjà participé au Grand 8 de l'art urbain, qu'elle a co-organisé avec l'artiste Hadrien Bernard et qui avait pris en 2016 ses quartiers d’été dans un hangar de Malakoff.

Ici, ils peignent, graffent, soudent et scient devant les yeux ébahis des visiteurs, peu coutumiers de ce genre de spectacle. “Évidemment, cela implique quelques contraintes en terme de logistique et de sécurité” admet la jeune femme passionnée de street art. Les bombes aérosols sont bio, car moins toxiques et les travaux dangereux s’effectuent dans les ateliers mis à la disposition des artistes au premier étage.

Bojan
Bojan © Hervé PHOTOGRAFF

Carte blanche à la création

"J'adore ce genre de lieux vierges, l'idée de partir de rien", confie Sly2, un artiste parisien qui a réalisé une installation en 3D sur le thème de la confrontation entre merveilleux et réalité. "Cela nous offre une grande marge de liberté, rien ne nous est interdit".

De pièce en pièce, d'étage en étage, on passe d'un univers à un autre, de la "Chapelle du dieu hibou" flamboyante de Snez au vaisseau spatial en forme de mandala imaginé par Seize Happywallmaker. Le visiteur est comme projeté dans le monde de l'artiste, sur lequel il peut parfois laisser son empreinte. Une jeune femme sort justement de l'atelier de Dem Dillon: l'artiste l'a choisie comme modèle pour son mur de corps de femmes. 

Un clin d'œil au Montparnasse bohème

Ce projet s’inscrit aussi dans un quartier, celui de Montparnasse, ancien centre névralgique de la vie artistique parisienne. “Dans les années 1920 c’était une pépinière d’artistes, aujourd’hui c’est plutôt un lieu de passage. Le but était de faire un clin d'œil à ce passé", commente Hanna Ouaziz. Et l'installation qui répond le plus à ce désir est sans doute celle du duo EvazeSir. À l'aide de cadres récupérés dans la rue et de dessins au pochoir, ils rendent hommage aux figures oubliées du "Montpar'" des années folles. 

Point d’orgue de cette expérience hors du commun, le vernissage prévu mercredi 25 janvier et au cours duquel les artistes présenteront au public leurs œuvres achevées. “Je ne vais pas beaucoup dormir les prochaines nuits”, confie Reaone, dont le graffiti vert sort du mur à la façon de lianes tentaculaires. “Il y a toujours une touche à ajouter, un détail à perfectionner. Mais je vais essayer de présenter quelque chose de fini.”

EvazeSir
EvazeSir © Hervé PHOTOGRAFF

Lab 14, l'art urbain en construction. Jusqu’au 26 février. 140, boulevard du Montparnasse, 14e. Du mercredi au dimanche, de 13h à 20h. Nocturnes les jeudi et samedi jusqu’à 22h. Entrée: 2€. Inauguration des œuvres achevées mercredi 25 janvier, de 19h à 22h. 

Plus d’informations: www.artana-event.com/lab-14/
www.facebook.com/LAB-14

Claire Rodineau