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Le photographe Blaise Arnold immortalise les derniers troquets de la capitale

"C'est l'objet-café qui m'a tout de suite intéressé et avec lui, l'idée de sublimer quelque chose de très banal, de quotidien." (Ici, Le Madrigale, à Saint-Denis)

"C'est l'objet-café qui m'a tout de suite intéressé et avec lui, l'idée de sublimer quelque chose de très banal, de quotidien." (Ici, Le Madrigale, à Saint-Denis) - Blaise Arnold.

Depuis dix ans, il photographie, au petit jour, les bars-tabacs de Paris et de sa banlieue. Des endroits au charme désuet qui semblent déjà appartenir à une époque révolue.

Ils s'appellent "Le Balto", "Les Sports", "L'Arrivée". Parfois "Chez Maurice" ou "Le Cantal". Mais ils pourraient tout aussi bien être anonymes. On passe devant tous les jours, sans s'y arrêter, et pourtant on n'imaginerait pas Paris sans eux.

Lui s'y est arrêté. Photographe dans la publicité, Blaise Arnold capture depuis dix ans les rades de Paris et sa banlieue. Soixante clichés, au total, dont il a fait une série intitulée "Red Lights" - comme la lumière incandescente qui inonde les trottoirs et les façades autour des bistrots une fois la nuit tombée.

Le Métro, rue des Pyrénées, Paris XXe.
Le Métro, rue des Pyrénées, Paris XXe. © Blaise Arnold

Sublimer le banal

"L'idée m'est venue un matin, tôt, alors que j'accompagnais mon fils à l'école", raconte-t-il. Le photographe a été frappé par la lumière, le contraste entre les néons et l'obscurité. "C'est l'objet-café qui m'a tout de suite intéressé et avec lui, l'idée de sublimer quelque chose de très banal, de quotidien." 

S'il passe son temps à prendre en photo les bistrots, le photographe ne rentre jamais dedans. "L'intérieur, ça a déjà été fait et sûrement mieux que tout ce que je pourrais faire - je pense à Doisneau, par exemple. Et c'est devenu très difficile parce que les gens sont de plus en plus suspicieux."

Alors Blaise Arnold se contente de les regarder de l'extérieur. De préférence le matin, entre 6 et 8 heures, "l'heure des ouvriers". Il s'installe avec son trépied, souvent au beau milieu de la circulation, et attend, patiemment, le bon moment. Ensuite, il recompose son image à partir des différentes prises de vue. "Une pour les néons, une pour le ciel, une pour l'asphalte devant. Car la différence de luminosité entre les néons et la faible lumière extérieure rend ces photos difficiles à prendre."

Le 1930, Paris XIe.
Le 1930, Paris XIe. © Blaise Arnold.

Son travail s'est d'abord concentré sur les bars-tabacs près de chez lui, dans le centre de Paris. Mais Blaise Arnold a vite remarqué que les troquets de la capitale se transformaient à vitesse grand V, sous l'effet de la gentrification et de la disparition de leur clientèle d'origine, la classe ouvrière. Les traditionnelles banquettes rouges ont peu à peu laissé la place aux canapés, les cafés noirs au latte art. "Ils sont devenus ce que j'appelle des 'cafés pour Parisiens'. Les bistrots de la banlieue étaient plus intéressants, car plus proches de ce que je considère comme authentique." 

Son préféré? "Le Madrigale, à Saint-Denis. À cause du cadre autour, les cheminées d'usine à côté, le terrain vague. Il a dû être rasé depuis."

"Chez Maurice ne s'appelle plus Chez Maurice. L'Étoile d'or est devenu un restaurant chinois" 

Car les clichés de Blaise Arnold témoignent aussi de la fin d'un monde. S'il se défend de toute "vocation sociologique", le photographe constate: "En dix ans, la majorité des cafés que j'ai pris en photo ont disparu. D'autres ont changé de propriétaire et donc, de clientèle. Chez Maurice ne s'appelle plus Chez Maurice. L'Étoile d'or est devenu un restaurant chinois." 

Le Madrigale, Saint-Denis.
Le Madrigale, Saint-Denis. © Blaise Arnold.
Claire Rodineau