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Déconfinement: l'absence de mesures pour la réouverture des salles de spectacle inquiète

Un concert d'Ibrahim Maalouf à l'AccorHotels Arena, le 14 décembre 2016.

Un concert d'Ibrahim Maalouf à l'AccorHotels Arena, le 14 décembre 2016. - Joseph Bagur - AFP

La filière des musiques actuelles déplore qu'Emmanuel Macron n'ait pas donné une clé pour rouvrir les salles de concert alors que la crise sanitaire semble toucher à sa fin.

"La France est en zone verte, mais nous restons confinés": la filière des musiques actuelles déplore qu'Emmanuel Macron n'ait pas donné une clé pour rouvrir les salles de concert alors que la crise sanitaire semble toucher à sa fin.

Les normes actuelles - public débout interdit, 4m2 pour une personne, fermeture du bar, etc - "mettent toujours en péril économique nos lieux d'activité", souligne auprès de l'AFP Malika Séguineau, du Prodiss, première organisation patronale du spectacle musical dans le privé. 

"Les transports en commun ont repris, les lieux de culte ont rouvert, de même que les bars et les restaurants, mais, nous, non", abonde auprès de l'AFP Aurélie Hannedouche, du Syndicat des musiques actuelles (Sma).

"Personne ne sait encore quand rouvriront les salles de spectacle et quelle sera la solidité financière des structures organisatrices", s'inquiète dans un communiqué la Sacem (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).

Prodiss et Sma regrettent également un manque de visibilité de la part des autorités. "On voudrait que le président et le gouvernement comprennent que pour rouvrir les salles au 1er septembre, ça nécessite un peu de temps", insiste Aurélie Hannedouche, "extrêmement déçue" par l'intervention du président de la République: "il y avait beaucoup d'attentes et... rien". 

"On veut y voir clair"

"Pour se préparer à la scène, il faut des filages, de la pré-production, des résidences artistiques et puis il faut que les organisateurs de spectacle mettent en vente, fassent de la promotion, poursuit-elle. Une décision fin août, c'est trop tard, nous voudrions une réponse le 22 juin. On veut y voir clair".

"Pour vendre des billets, il faut 4 à 5 semaines", renchérit Malika Séguineau, également restée sur sa faim après l'intervention d'Emmanuel Macron: "La bonne nouvelle, c'est que la France est en zone verte mais nous - le spectacle vivant - restons confinés...". 

Le Sma voudrait s'asseoir autour d'une table avec le gouvernement pour "discuter de l'évolution des jauges et fixer un cap". Le Prodiss milite pour une réouverture début septembre avec une "jauge pleine" et travaille avec le bureau Veritas sur un protocole sanitaire adapté pour obtenir le feu vert du gouvernement. Mais Malika Séguineau estime que septembre pourrait n'être qu'une "étape préalable à une vraie reprise", "avant que le public ne soit intégralement là". 

"Retombées"

Les gros festivals d'été restent pour l'heure annulés et les "collectivités sont en train de se rendre compte du manque à gagner", met en lumière Aurélie Hannedouche. 

"La culture crée tellement de richesses, avec les retombées pour l'hôtellerie, le tourisme, etc. Là, avec un été sans festival, moribond, il y a tant de terrasses, de commerces qui vont fermer...", développe pour l'AFP le chanteur Benjamin Biolay. 

"Dans le logiciel de pensée du gouvernement actuel, la culture avec des aides de l'Etat, c'est une hérésie, tacle-t-il. Il faudra dans le futur un ministre de la Culture qui soit un poids lourd politique. Il sera le bienvenu. Il verra qu'il aura plein de gens intéressants avec qui discuter, qui ne sont pas si véhéments, qui ont plein de choses à dire sur ce qu'ils connaissent", plaide l'artiste.

"Il y a sans doute un peu de populisme derrière le fait de ne plus parler de culture en récession, 'ce n'est pas le moment de parler des cultureux'. Mais dans 'les cultureux', il y a beaucoup de smicards, des gens qui ont des crédits et qui se demandent quel futur métier ils vont pouvoir faire", dépeint Benjamin Biolay. 

"Pour les concerts, on nous dit 'faites comme bon vous semble, au pire on peut annuler vos spectacles au dernier moment...'. Quand on choisit ce métier de saltimbanque, et que c'est 'la guerre' - mot du président de la République - on sait que la culture, on l'oublie, malheureusement", conclut-il.

J.L. avec AFP