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Axelle Red, l'ardente discrète, de retour avec un nouvel album

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La chanteuse belge a sorti le 16 mars son 10e album studio, Exil.

Préparer une interview d’Axelle Red, c’est un peu comme retrouver une amie perdue de vue. C'est se replonger dans Sensualité, véritable madeleine. Et puis, de fil en aiguille, redécouvrir le répertoire, jalonné de tubes, de la chanteuse belge. Des morceaux qui ont balisé notre vie, squatté la bande FM française et se sont incrustés dans notre inconscient.

Des chansons qu’on réécoute avec nostalgie et dont on exhume les paroles, enfouies dans un coin de cerveau. Il y a Je t’attends et Le monde tourne mal (1993), mais aussi le très beau Rester femme (1998), Parce que c’est toi (1999), ou le plus récent Rouge ardent (2013). Autant de chansons réunies et réenregistrées en version acoustique dans son précédent album, The Songs Acoustic.

Cinq millions d'albums

Axelle Red, à 50 ans, revient aujourd’hui avec son 10e album studio, intitulé Exil, sorti le 16 mars dernier. Un retour qui n'en est pas vraiment un, puisqu'elle n’a jamais disparu des ondes depuis 1993 et son premier album Sans plus attendre, et vendu plus de cinq millions d'albums.

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Cet album de 11 chansons a des accents assez pop et parfois rock et même électro. Un album qui renoue également avec les ballades amoureuses. Un album qui évoque le voyage, l’errance et dont elle a signé la musique et les paroles.

"Vulnérables aux commentaires des gens"

Nous avons rendez-vous dans un bar du 10e. Elle apparaît, la silhouette gracile enveloppée dans un manteau noir, elfe diaphane à la chevelure flamboyante. Elle commande une verveine et semble un peu lassée du processus de promotion pavé d’interviews, de live, de journaux télévisés, de radios.

“Je n’étais pas sûre de refaire un album”, lance-t-elle d’emblée. “Est-ce que j’ai envie de toute cette remise en question? Etre exposée, vulnérable au commentaire des gens. J’aime beaucoup la rencontre avec le public et c’est vrai que c’est chouette d’avoir ses chansons à la radio et puis d’avoir du succès, mais en même temps le prix à payer est élevé. Je ne sais pas si j’en ai encore besoin”.

Son album Exil recèle aussi des chansons engagées, comme Le mont des regrets, Le plus beau reste à venir. Des lustres avant #MeToo, Axelle Red a défendu la cause des femmes. Elle a évoqué dans ses chansons les violences sexuelles faites aux femmes, les mariages forcés, le viol comme arme de guerre. Dans un album en anglais intitulé Sisters and Empathy, sorti en 2009. Ou encore en 2011, avec une chanson comme Présidente, extraite de l’album Un coeur comme le mien.

"Je suis depuis 20 ans au service de l’Unicef et récemment aussi de Handicap International et depuis longtemps je parle à la commission de l’abolition pour la prostitution, je parle de violences domestiques", évoque-la chanteuse.

"Ca fait du bien de voir que les choses bougent"

“Il y a dix ans, j’étais très frustrée. Maintenant ça fait du bien de voir que les choses bougent sur le plan international et que ça devient une priorité”, se réjouit-elle. “Les gens disent aujourd’hui ‘quoi, mais on ne pourra plus jamais draguer dans la rue!?!’. Peut-être un jour quand les mentalités auront changé, qu’on se respectera. Mais avant cela, il faut des règles pour protéger".

Axelle Red a aussi parlé charge mentale, bien avant que le concept n’ait un nom. "En tant que femme, c’est une utopie de penser qu’on a les mêmes possibilités expliquait-elle sur le plateau de Laurent Ruquier en 2016. Quand je dois être créative, même si me dis 'j’ai la journée pour travailler', en tant que femme, je n’ai pas la tête libre". Maman de trois filles, elle aimait leur inventer des “contes de fées inversés”, dont les princesses étaient les héroïnes. "Il faut que les mentalités changent, assure-t-elle, qu’on ne regarde plus bizarrement l’homme quand il s’occupe des enfants”.

Malgré les crises humanitaires qu'elle a observé dans les pays d'Afrique visités avec l'Unicef, comme le Soudan du Sud, elle conserve l'optimisme de ceux qui agissent. La chanteuse prône l’engagement à toutes les échelles, le partage “qui rend heureux”, l’entraide entre les générations.

"Tout le monde peut agir, et pas juste en donnant de l’argent à une société. C’est très bien, mais ça ne donne pas de satisfaction. Aider son voisin, sa grand-mère, sa voisine, donne de la satisfaction. Et ce n’est pas grave d’avoir de la satisfaction. A un moment donné je me disais: 'Est-ce que j’ai le droit de me sentir bien quand j’aide?'. Oui, si ça aide tout le monde, c’est un échange, c’est ce qu’on appelle le partage, c’est ça la clé du bonheur".

"Renaud, il faut qu'il reste occupé"

En 2002, Axelle Red a chanté Manhattan-Kaboul, avec Renaud. Le titre, écrit par Renaud et Jean-Pierre Bucolo, a été élu "chanson originale de l'année" aux Victoires de la musique en 2003 et a scellé leur amitié.

"Avec Renaud on ne s’appelle pas toutes les semaines, explique Axelle Red, mais quand on s’appelle, on s’appelle longtemps. Et on parle de choses profondes, des vraies choses. Il faut qu’il reste occupé. Qu’il fasse des albums, des tournées, qu’il sente l’amour du public et ça va aller mieux. Il ne faut pas le laisser seul. Ce n’est pas un manque de courage, mais ce n’est pas facile. Il faut qu’il trouve assez d’endorphine et assez de choses pour se sentir utile".

"J’ai la foi qu’un papa n’ait pas voulu faire ça à ses enfants"

Elle répond de bonne grâce aux questions sur Johnny, qu'elle a côtoyé sur scène. "En France, il remplace presque un roi. Pour moi c’était ça, une icône pop rock, qui faisait rêver les gens. C’était un homme très charmant", se souvient-elle.

"Je connais mieux Sylvie et j’avais un très bon contact avec David. Je trouve triste ce qui se passe. Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai la foi qu’un papa n’ait pas voulu faire ça à ses enfants. J’espère que la justice va régner”.
Magali Rangin